Star Wars : Pourquoi la troisième trilogie est peut-être la meilleure

Ah, quel plaisir que d’écrire cet article. Je vous vois déjà dégainer vos sabres laser. Attaquant l’intégrité même de la plus garde saga après la bible, je peux vous le dire, oh mes frères, vous n’avez rien compris.

 

“Pourquoi des seaux de merde au visage”, comme dirait Johnny

Sacré épisode 7. Qu’est-ce qu’il a pu décevoir. Les critiques du monde entier y sont allées de leurs analyses pour exprimer au final leurs attentes de fans frustrés. Comment JJ Abrams a pu autant nous trahir ? Après plus de 20 ans d’attente, c’est une honte !

L’épisode 7 n’était donc qu’une pâle copie du premier film de la saga ? Les personnages sans consistance ? Du fan service à tous les étages ? Oui, tout ça est vrai. Et le scénario n’a été qu’un refresh et teaser de la suite.  

La mort de Han Solo a été aussi un choc pour beaucoup de spectateurs. Tout ça pour ça ? Les scènes s’enchaînaient, comme un prétexte au visuel avant tout, sans grande profondeur scénaristique ni lien entre elles et la trame principale. Des péripéties aléatoires pour atteindre un unique but. Trouver Luke. 

Et pourtant, j’ai envie de défendre ce film. D’une certaine manière, il me rappelle les Matrix. Les imbéciles qui n’aiment pas le 2, ou trouvent le 3 trop guerrier ne voient pas l’œuvre, l’ensemble, et ce que ça raconte.

Première chose. Il s’est passé plus d’une année entre l’épisode 7 et le 8. Les enjeux vous ont échappé, et surtout, surtout, le cœur du propos, Votre mémoire s’est décalé sur vos anciennes attentes. Avec des délais pareils, le résultat est bien évident. Si on en revient à Matrix, la trilogie fait œuvre, car c’est un triptyque complexe d’évolution de personnages dans une guerre de plus en plus concrète. J’aime les 3 ensembles, et aucun particulièrement séparément.

Et Star Wars a fait le même choix.

On compare l’épisode 7 au 4, à juste titre vu leur ressemblance, mais pour de mauvaises raisons. Le 4 n’était pas certain de son succès. Premier film de la saga, et premier grand film de Georges Lucas, ce dernier était si peu sûr de son succès qu’il a demandé à Spielberg de prendre des parts dedans pour minimiser la perte en cas d’échec cuisant. Le film avait donc bien d’autres enjeux qu’une trilogie en tête quand il a été réalisé. Il fallait, comme pour Matrix, qui convainque avant tout. Premier volet, condition sine qua non de la suite. 

Repensez au dernier Maître de l’air, ou à la boussole d’Or. Voilà des films qui ont eu l’arrogance de croire qu’on les suivrait aveuglément, et les films, aujourd’hui dans une saga au coup d’arrêt confirmé, n’ont déçu que parce qu’elles n’ont pas créé d’attente suffisante pour financer la suite. L’enjeu était donc bien réel.

La chance pour Star Wars, c’est que les spectateurs, dans une époque où les séries sont reines, sont prêts à s’engager dans le temps dans cette saga ultra-célèbre. Les enjeux ne sont plus les mêmes, car on pense alors le premier film en tant que première pièce d’un triptyque, immédiatement. Plus besoin de faire ses preuves, et c’est important pour la suite.

Dans cette perspective, on ne doit pas convaincre de la saga, mais préparer la trilogie.
En répondant à des questions simples.
Que sont devenus nos personnages, de quoi va-t-on nous parler, qu’est-ce qui a changé, qui est l’ennemi, que devient la force ou les Jedi. Ce premier épisode est donc une actualisation de l’univers au travers d’une histoire simple. Il faut retrouver Luke. Pourquoi ? Comment ? Quoi ?

Tout y est.

Et on reprochera à juste titre la pauvreté des décors, le manque d’originalité des vaisseaux, mais ça, c’est si on le prend pour un film, qu’on le jugera hors de son histoire générale qui se déroule en 3 volets.

Comment je le sais ?

Parce que l’épisode 8 déchire sa race. Et c’est grâce au 7.

 

Comment l’épisode 8 a poursuivi l’aventure, en multipliant tout par 10.

Si l’épisode 7 avait été en tout point exceptionnel, – et le réalisateur en est pleinement capable, – nous aurions eu un problème avec la suite, qui aurait pu s’avérer décevante. L’attente doit se placer sur la trilogie, pas sur chaque film.

À la fin du 7, Rey donne le sabre laser à Luke. Au début du 8, il le jette par-dessus l’épaule.

Le message est clair. C’est ici que tout commence, et le film précédent nous a fait croire qu’il suffisait de retrouver Luke pour gagner la guerre. Une magistrale erreur, nous traitant d’idiots au passage. Nos attentes sont enfantines si on a cru ça. La baffe.

Certains se souviendront aussi de Fast & Furious 8, un des meilleurs selon moi de cette autre saga. La qualité du scénario y est bien plus mature que les autres. (Le 3 restant le plus artistiquement accompli tout de même, une anomalie au cœur de cette série). Lorsqu’un personnage proposait d’utiliser un gadget scénaristique pour résoudre le point central du scénario, à savoir un logiciel capable de repérer n’importe qui sur terre en deux clics, un autre personnage se fout littéralement de sa gueule. Vous n’êtes pas idiots, arrêtez de croire que tout est si simple. Voilà le message derrière. Et j’aime.

Star Wars 8 explose alors tous les curseurs. Paysages très variés, enjeux surpuissants, tension maximale, évolution radicale de tous les personnages, accomplissement de certains, révélations d’autres. Le film ne déçoit pas, d’autant plus que les attentes sont devenues plus faibles suite à la “tiétitude” du 7.

 

Quel est le véritable sujet de cette trilogie ?

Je ne suis pas différent des autres. Il a fallu que je regarde à nouveau les deux films pour comprendre que mon regard était faussé depuis le début. On commence par chercher Luke, puis on dit que Rey est Jedi. Et Kylo Ren fait des caprices.

Ah, j’étais jeune…

Le film est intelligent. Il répond aux deux autres trilogies qui l’ont précédé, en explorant une troisième voie inédite. Vous vouliez la même chose qu’avant ? Vous avez juste cristallisé vos souvenirs, sans vous rendre compte que la question centrale est l’équilibre. De la force, bien sûr, mais de toute chose. Situation initiale, élément perturbateur de l’équilibre, péripéties, nouvel équilibre.

Première trilogie, on démarre d’une situation profondément injuste. L’Empire gouverne le monde. Mais voilà que la Force crée, comme dans Matrix, l’élu, l’élément qui remettra l’équilibre dans la Force et dans l’univers. Péripétie. Victoire, République, bonheur.

Seconde trilogie, on démarre dans un monde de paix, et un enfant, l’élu, apparaît pour rééquilibrer la Force à nouveau. Dans l’autre sens cette fois. Le monde va basculer du côté obscur, le héros avec. 

Que pouvait raconter la troisième ? Nous démarrons dans un monde en équilibre parfait. La jeune république s’étend, et le premier ordre la bouscule. L’instabilité s’installe.

Voilà le nouveau thème. Rey représente le côté lumineux de la Force, et Kylo Ren l’inverse. Yin et Yang.

Vous le voyez ? Les costumes, les sabres, les décors de chacun. Yin et Yang, cela signifie que chacun en soi contient aussi une part opposée de sa dominance.

Avez vous déjà vus Yoda, Palpatine, Mace Windu, Obi WAN ne serait-ce que chanceler un instant sur leur position ? Non, c’est inédit. La seconde trilogie nous a expliqué comment un lumineux est devenu sombre, mais rien ne laissait présager qu’il avait ça en lui avant. Il lui a fallu perdre la femme qu’il aimait pour cela. Le coup devait alors être fort. Mais pas ici.

Ici, les deux protagonistes se partagent le destin de l’univers.  L’affrontement est idéologique et de force égale. Luke contre Snoke, Kylo contre Rey. 

Force contre Force. 

 

Le déséquilibre et l’incertitude, la nouvelle saga.

Les deux premiers volets sont hypercohérents sur le sujet. On comprend le nihilisme de Kylo qui invite Rey à laisser mourir tout le passé pour créer un univers nouveau en réunissant les forces entre eux. On voit le hacker démontrer qu’il n’y a pas de bien ou de mal dans cette histoire, car cela fait partie d’un tout. On voit Luke refuser la Force après avoir failli comme Maître, et s’y rouvrir pour changer le cours de l’histoire. Tous les personnages sont dans le déséquilibre, à commencer par le premier, Fin, un Stormtrooper Black insignifiant, pure chair à canon, enfant volé à ses parents pour nourrir une armée aveugle, créer le déséquilibre en fuyant son camp et trouvant sa place dans l’autre. Rey, vendue par ses parents pour leur payer de l’alcool devient le socle de l’univers, Kylo, tuant son père pour renforcer le côté obscur en lui, tue Snoke pour se libérer d’un paradigme qu’il ne ressent plus comme vrai. 

Vous voyez comment cette saga se différencie des autres ? Comment elle prend une direction inédite et audacieuse, en mettant l’ensemble dans un contexte d’incertitude et de basculement dangereux ?

 

Évolution, révolution ou reloaded ?

Le scénario se déroule admirablement jusque là. L’épisode 7 nous a réhydratés en douceur en nous proposant quelque chose de simple, de fan service, avec une question que tout le monde peut comprendre, 20 ans après le dernier épisode (t’étais où il y a 20 ans ?) : Il faut retrouver Luke et éviter que le méchant le retrouve avant.

Mais déjà, on voit un Kylo en proie au doute, une Rey qui bascule parfois dans la haine, un Snoke manipulateur, une Leia guide spirituelle, icône atteinte et bousculée. Les prémices de cet épisode 8 ont été plantées, après avoir étanché le gros des attentes des spectateurs, autant de temps après.

Et puis on déroule. On casse les codes avec fracas. Il faut vous sortir de vos schémas d’attente. Le sabre, on le jette, le X-Wing est fabriqué par des marchands d’armes qui vendent la flotte ennemie également, Rey n’est personne, Luke meurt, Han meurt, Kylo est incompétent dans le cadre qu’on lui impose, Snoke est mortel et faillible. Il reste quoi ? La Force est son équilibre.

Est-ce un reloaded, comme tant de gens s’en insurgent ? Ou une révolution ? N’a-t-on pas vu le temple Jedi brûler, foudroyé de la main même d’un Yoda immortel qui en riait ? N’est-ce pas cela que vous espériez ? Poursuivre la grande aventure en quittant tout ce qui la limite ?

 

À propos de la Force

Pour moi, dans cette nouvelle Saga, la Force est le personnage principal. Elle choisit Rey et la sur-équipe comme jamais. Maniement du sabre, de la télékinésie, de la télépathie, du tir précis, de l’intuition, Rey est une guerrière surpuissante qui s’ignore. Habitée par la Force, elle est l’élue, mais doit combattre son passé et sa part sombre pour s’accomplir, au risque de basculer à son tour.

Kylo, lui, est légitime, fils Skywalker, et lutte contre la Force. Il tente de se l’approprier, mais en refuse le prix. Une part de lui, solaire, s’y oppose à tout instant. Il ne tue pas sa mère, échoue contre Rey, tue son père pour affirmer un choix qui finit par le hanter et le basculer dans l’autre sens. On le dit à plusieurs reprises, il est coupé en deux, dans un conflit intérieur, et la Force ne le guide jamais.

Enfin, les péripéties relèvent très souvent du hasard scénaristique. On pourrait crier à la fainéantise, mais offrons un peu d’intelligence aux scénaristes qui avaient la très lourde responsabilité d’écrire une des pages majeures de l’histoire du cinéma (tu dors comment quand tu dois écrire Star Wars ?). La Force guide aussi l’histoire, donc, offrant les rencontres nécessaires pour que le destin s’accomplisse et que l’équilibre revienne. 

Le film porte donc de manière directe sur la Force, en tant qu’équilibre de toute chose. Ni bonne, ni mauvaise, équilibrée entre les deux, Luke l’explique à Rey lors de son enseignement. La vie devient mort puis devient vie, sous-tendue par la Force. Le message est religieux, sauf que les Jedi savent et ne croient pas. Ils sont gardien que d’un côté de la Force, pas de tout. Ce que Kylo comprend, le hacker aussi, Fin également d’une certaine façon ou même Han Solo, dans son choix de redevenir contrebandier après avoir été héros de l’univers.

 

N’est-ce pas une merveilleuse pensée philosophique, une pierre essentielle qui manquait à cette œuvre ? 

JJ Abrams, responsable du 3e volet, devrait boucler la boucle sur cette question fondamentale. Je m’en réjouis, car c’est un propos bien plus intelligent que tout ce qui s’est fait avant. Vous pouvez continuer à voir chaque film séparément et les juger inférieurs à d’autres trilogies, mais si vous prenez chaque trilogie pour ce qu’elle est, une histoire complète, alors vous pourrez pardonner au 7 de n’avoir fait que le marchepied vers un étage bien plus haut que tout ce qu’on avait vu auparavant.

Si vous voulez redonner une chance à cette trilogie, regardez le 7 et le 8 avant le 9 qui sortira dans quelques mois (18 décembre 2019). Accueillez l’histoire en son entier, ne soyez pas si durs au jugement et savourez la grande leçon derrière la déconstruction du mythe qui l’honore encore plus.

La vie ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? La Force a-t-elle une fin ? Ne sommes-nous que des pions d’un jeu d’équilibre qui bascule à chaque instant ? Est-ce ça, la véritable nature de la Force ? Son instabilité ? Le bon n’est-il pas le but de la Force ? Et enfin, qui la fait basculer, et pourquoi ?…

J’espère vous avoir rendu plus curieux de cette trilogie qui a bien sa place dans le firmament de la saga la plus connue au monde (et peut-être ailleurs aussi).

Merci de me donner votre appréciation
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