Le porno pour femme, le cas Erika Lust

Erika Lust, réalisatrice de films porno pour femme

Y a-t-il un degré de raffinement, de spécialisation, de narration qui puisse faire apprécier aux femmes le porno le plus cru ? Erika Lust semble y croire. A raison selon moi.

Amis de toutes les cultures, bonjour. Pour les bien-pensants, c’est au fond à droite.

Le porno a connu dans les années 70 et 80, jusqu’aux portes des années 90, avant l’ère Fast fuck, un véritable âge d’Or du sexe. Les films, coûteux, et diffusés en cassette et dans les cinémas spécialisés, nécessitaient des budgets particulièrement conséquents et ne pouvaient donc se passer d’un scénariste de qualité. Ce qui excitait à l’époque ? Le libertinage joyeux. On y voyait des couples, ressemblant à n’importe qui, découvre les joies du sexe décomplexé, entre eux ou avec d’autres, faisant une belle place à la curiosité et au réel plaisir du sexe, non uniquement celui des sens mécaniques de la chose.

Années 90, les modes de tournage permettent de très substantielles économies, et on entre dans l’âge Dor-cel. Celui du Fast food, vite tourné, vite vu, vite oublié. Le but est de mettre des jolies femmes avec des étalons, d’inventer une histoire bidon et de filmer en gros plan pour que messieurs se paluchent aussi vite que possible. On oublie donc l’histoire, à l’exception bien sûr de quelques rares résistants comme cet incroyable Mario Salieri, vidéaste italien qui explore l’Italie fasciste et les classiques sous l’angle d’un porno artistique à l’image sublime.

Arrive Interent, fin 90. Au début payant, le modèle économique du porno en ligne devient le gratuit publicitaire. Des millions d’heures de tout type de sexe prolifèrent sur la toile, tentant de se tirer la couverture et de faire fortune dedans. On note aujourd’hui le fameux temple Kink, dans lequel Rocco a fait ses adieux (voyez le film « Rocco », c’est passionnant) et qui est le temps du porno vite fait, mais avec de beaux habits. On n’oublie pas Brazzer ou Jacquie & amp ; Michel, pour ne citer qu’eux, qui industrialisent la prod pour tenir la distance sur les marchés de la viande consommable.

Bien, donc il apparaît que la femme est la grande oubliée de l’histoire. Enfermée dans son rôle de sainte, elle ne peut trouver intérêt à ces images qui la désignent comme pute. Logique. Arrivée trop tard dans la révolution sexuelle de 1970, elle a mis du temps à choisir sa place de consommatrice fast fuck, regrettant quelque peu la carrière érotisée de Brigitte Lahaie, où le fantasme primait sur le corps, excitant l’imaginaire de ces dames, là où se trouve réellement le clitoris.

On a bien eu une belle tentative de porno féminin, signée Lars von Triers, avec Pink Prison, où une bombasse se retrouve à errer dans une prison, de cellule en cellule, dans un rôle trop phallique encore, mais aux scènes déjà tournées sur le scénario et l’esthétique des corps avant les gros plans qui excitent ces messieurs, plus visuels que ces dames. Et on l’en remercie, car grâce à lui, la porte du porno féminin s’est ouverte et Erika Lust s’y est engouffrée pour ne plus jamais en sortir, en devenant pour le coup la reine du bal.

Suédoise, ancienne science po, féministe accomplie, metteuse en scène de théâtre, Erika s’interroge sur ce que les femmes veulent. Elle signe une série de 5 courts métrages, appelés « 5 hot stories for her », qui raflent des prix de meilleur scénario. Un scénario ? Un bon en plus ? Absolument.

Elle trouve l’arc narratif essentiel de l’histoire, qui joue entre la réalité de la vie et le fantasme désiré. N’en déplaise à Ovidie, qui doit sûrement apprécier grandement la finesse du travail, on a ici une réalisatrice qui explore ses fantaisies dans un langage féminin et féministe, rendant à la femme toute sa dimension humaine et belle. Elle ne s’arrête pas là et va toucher à l’homosexuel masculin, avec une sensibilité qui les rend touchants et beaux.

Raconter une vraie histoire, voilà le cœur. Non pas qu’il ne puisse pas y avoir parfois une fantaisie déroutante comme une pianiste qui prend plaisir en plein concert sur scène avec un partenaire, mais le jeu d’acteur est juste, les faiblesses et sensibilités de chacun exposées. Une femme se sent seule et voit un mignon livreur de pizza arriver, elle le charme, mais il repart. Elle est déçue, mais quelques secondes après, la porte sonne. Elle se réjouit, ouvre nue, le livreur est là, eberlué. Il avait oublié son casque. Elle se sent confuse. Il hésite, parce qu’il n’y a rien de normal à cette situation trop porno pour être réelle. Ils éclatent de rire, elle lui demande de la prendre dans ses bras. Ils s’embrassent et se laissent aller.

A cautionner, donc, appuyer, diffuser, faire connaître, propager, Erika Lust remet l’humain au cœur du plaisir, et sort des archétypes complexant que l’industrie McPorn diffuse. Un nouveau porno apparaît, sain, mignon, excitant, beau, amusant, joyeux. Un retour aux sources peut-être par le marché féminin, cette clientèle qui exige d’y croire pour aimer.

 

TedX – Vienna

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