Moi passé versus moi exigeant – Qu’en pense Tyler ?

Tyler Durden dans la cave du Fight Club

Comment rentrer en conflit avec son passé pour une œuvre à publier ? Le petit con que j’étais n’en démord pas. Corriger, c’est trahir.

Il ne veut pas disparaître. Avec le temps, le moi passé, un peu écorché, un peu fragile, est devenu un homme plus empreint de ses convictions, plus résistant aux pressions, fier de ce qu’il est aujourd’hui. Alors quand je travaille sur la correction de mes nouvelles passées, m’énervant bêtement pour des tournures folles et un style amateur, je ne me sens pas bien. Quelque chose en moi bloque, se révolte. J’efface ce que j’ai été.

Pour qui est-ce que je pratique cet outrage sur la mémoire de mon écriture ? Pour un lectorat supposé, exigeant, critique, duquel j’aimerai mettre le jeune homme que j’étais à l’abri.

Pourtant, quand je vois le dernier album de BigFlo et Oli, je suis bien obligé de remarquer que la jaquette est une photo passée, un instant réussi, à peu près, qui touche par l’époque insouciante qu’il évoque. Même chose pour ce premier morceau, le rapt, de Goldman, laissé dans son jus lors de son dernier concert officiel. C’était laid, ça piquait, mais ça rappelait le chemin parcouru.

Hier, après une épiphanie mentale en discutant de ce projet avec un ami breton, je me suis rendu à l’évidence. Ce qui me gêne le plus, c’est de gommer les irrégularités d’un travail que j’ai profondément aimé écrire, pour ne pas déplaire à des gens qui n’ont pas connu le petit homme que j’étais à cette époque. Je lisse mon passé, j’adapte mes reliefs, mes imperfections, au monde qui apprécie le travail propre et oublie le nom des auteurs. 

Ne pas déplaire, la première raison de l’échec paraît-il. Mais en prenant le problème à l’inverse, on peut aussi dire que ce premier recueil de nouvelles, qui contient ce que j’ai pu écrire de vaguement digne d’intérêt depuis 15 ans, est un point de départ d’une carrière littéraire d’aujourd’hui. Un album photo de mots, qui montre une évolution, qui reste authentique, dans son jus, dans ses illusions littéraires. Certaines ont été publiées, d’autres ont eu un espace privilégié, des années durant, sur mes blogs. Chacune d’elles a été lue des milliers de fois depuis sa création. Pourquoi le lisser pour convenir à mon style et un lectorat d’aujourd’hui ? Je crois qu’elles ne m’appartiennent plus. Mon Tyler a raison, le passé doit toujours être assumé et défendu, et jamais corrigé.

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