La danse des masques

Un main maquille un cadavre de femme

 

Le début de cette reflexion est un mot que nous utilisons à chaque instant dans la langue française comme dans sa culture : Se divertir.

Anodin et desormais classique, il évoque des bons moments passés mais n’est saisi habituellement que dans la moitié de sa définition. En effet, se divertir, aujourd’hui signifie se changer les idées, acceder à un mieux-être au travers d’un évènement accessible. Aller au cinéma, lire un livre, prendre l’air, voir même travailler ou faire l’amour. Il s’agit surtout de changer notre état d’esprit.

Je parle d’une moitié de définition car les grecs, lorsqu’ils ont créé le mot Divertare, ont certes pensé à ce mieux-être, mais répondaient surtout à un mieux-être à quoi. En effet, leur définition de ce mot est “oublier la mort”. Cela devient lugubre, mais pas tant que cela au final. Dans le film “Minority Report” de notre merveilleux Steven Spielberg, le héro a un moment dira “tout le monde fuit !” et vous me voyez surement venir dans ma reflexion. L’assemblage de cette phrase et de la définition de ce mot nous mène à une compilation symbolique des plus surprenantes “Tout le monde fuit la mort en tentant de l’oublier”. Le problème, c’est qu’il est courant de dissocier le divertissement d’un temps de vie plus courant, qui serait le cours de nos pensées. Alors qu’en fait, les deux sont du divertissement.

Ce n’est pas pour rien que les moines s’enferment dans le silence ou que les bouddhistes méditent en cessant de penser. Penser, agir, vivre son métier ou ses rôles apportent sans équivoque un sens sur le plan humain et surtout social. Cependant, rien n’est moins sur face à notre être, que nous nions allègrement en courant après des chimères. Un président de la république, au terme de sa vie, sera-il prèt à franchir le pas ? Une grande star américaine aura-t’elle la force de s’abandonner dans la mort ? Croire que la mort n’a pas de réponse est passer sa vie à se “divertir”.

Nous sommes composés d’atomes et de molécules qui ont au minimum des milliards d’années. C’est incroyable à concevoir mais notre corps a déjà en lui la mémoire de la mort puisque nous nous nourissons de cadavres, au même titre que les légumes qui poussent dans de la terre composée de Vie et de Mort. Notre corps s’est ainsi forgé, construit comme un être vivant, mais au final en devenir d’autre chose, après sa mort. Notre mémoire universelle est là, nous sommes composés de cette matière-même que nous craignons, Vie et Mort.

“Est fou celui qui ne cherche pas Dieu”. Nietzsche fut un génie de son temps, connu pour des textes qui ne lui rendent pas hommage. Il est d’une vision convaincue sur le sort de l’Homme et, pendant longtemps, je l’ai cru athé, voir nihiliste lorsque je lisais ses phrases glanés au fil des textes, écrit par des intellectuels qui en détournaient le sens. Ainsi “L’esprit n’est qu’un jouet pour le corps” donne l’impression que l’esprit n’est qu’une production issue d’un organe corporel, et donc n’a pas de sens au dela de son existence… Pas faux… Je complèterai cette phrase par une autre, qui, je pense, vous offira la rampe de décollage à cette réflexion :

 

 

“L’esprit est un masque qui divertit le corps. Est fou celui qui l’écoute”

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