Denis Mukwege, un prix Nobel de la Paix et une honte !

Il est prix Nobel de la Paix. Nous sommes en 2018, et un médecin du Congo vient de recevoir la plus grande reconnaissance au monde. Ce n’est pas la première, il en a déjà des dizaines.

Ce médecin est porté par une véritable vocation, un besoin viscéral d’être et de rester à sa place. Il sait, chaque jour que le Bon Dieu lui donne, qu’il fait avancer la cause, et qu’il sauve des vies.

J’observe que l’homme, né en 1955, a fait ses études et a obtenu ses diplômes en Afrique, sauf un, celui de gynécologie, en France. Il s’y spécialise et va même obtenir un doctorat à Bruxelles dans cette discipline. Au passage, il crée une association entre la France et Kivu, et engage des aides entre notre pays et le sien.

En 1989, bien au chaud chez nous, grosse paye en fin de mois, le voilà qui se sent appelé au Congo, quelques restes de fils de Pasteur peut-être, et abandonne tout pour prendre la direction d’un hôpital à Lemera. 7 ans plus tard, non seulement l’hôpital est détruit, mais les patients sont en partie assassinés, comme le personnel médical. Ce fut soudain, imparable, inévitable. Denis s’en sort in extremis et fuit à Nairobi.

Il repart pour le Congo quelque temps après, se sachant dans le viseur des politiques pourtant, pour créer un nouvel hôpital, avec l’aide de la Suède qui en finança la création. L’hôpital Panzi à Bukavu accueillait tout type de souffrance, mais celle qui marqua profondément Denis, c’est bien celles qui concernent les violences sexuelles faites aux femmes.

Femme africaine mutilée

Pour vous faire comprendre le contexte, les tensions locales, entretenues par des partis politiques nourris par des lobbies, utilisent le viol collectif et la mutilation génitale comme arme de guerre. Détruire une femme, c’est détruire son peuple. Quand ta sœur, ta mère, ta femme ou ta fille a été anéantie par tes ennemis, comment trouves-tu la force de résister encore ? C’est de la terreur, et ça passe par le corps féminin, culturellement plus faible, fragile et chéri que celui des hommes. Frappe au cœur, frappe à la terreur.

Denis ne peut pas accepter ce fait. Il décide non seulement de prendre en charge ces femmes atrocement mutilées et détruites psychiquement, mais il va aussi médiatiser son action. Au Congo, cela s’est su, il y a un lieu désormais où chaque femme ayant subi des violences sexuelles peut avoir une aide médicale, psychologique, juridique et financière. Ah oui, bien sûr, j’oubliais, son hôpital est gratuit.

Au passage, le bon docteur en profite pour devenir le spécialiste mondial des fistules, une pathologie qu’on retrouve souvent suite aux violences. 2 distinctions mondiales pour cette chouette compétence, au débotté.

En 2012, vu le ramdam international qu’il fait, on tente de le faire taire. On abat le gardien de sa maison, on brûle sa voiture, on le jette à terre et on le ligote, en vue d’une exécution imminente. Les riverains arrivent et font fuir les agresseurs. Le docteur est secoué, il fuit le pays pour la Belgique, il sait qu’il est allé trop loin.
Il reviendra quelques mois plus tard, suite à des manifestations monstres pour qu’il n’abandonne pas les femmes du Congo, pour ne plus quitter son hôpital et continuer à sauver des vies.

Mais pas que. Une fois la vie sauvée, chaque femme peut intégrer un second centre qu’il a créé pour leur donner une éducation, un accompagnement, et une formation au leadership afin d’en faire des femmes politisées et prêtes à faire aller le monde dans le meilleur sens pour tous.

Pourquoi j’ai honte de connaître le Docteur Denis Mukwege

N’est-ce pas fou de faire de tels choix de vie ? Voilà un homme qui avait toute sécurité et tout argent pour mener la vie la plus agréable qu’il soit, en Belgique, avec gaufre et chocolat chaud à volonté. Il sent que sa vocation n’est pas accomplie, et il part dans son pays, retourne à la source du mal pour la soigner là où il sera réellement utile. Pour cela, il risque désormais sa vie, passe ses journées dans les blocs opératoires, combat un régime politique totalitaire, ne bénéficie d’aucun argent, vit éloigné de sa famille. Et pourtant, il est là. Il fait la différence.

Denis Mukwege est déjà multirécompensé, de la part de notre pays comme du reste du monde. Il est « celui qui répare les femmes » et c’est un immense honneur que se fait l’humanité de le reconnaître enfin par ce Nobel.

Ma honte vient de son message.

« Ce n’est jamais de gaîté de cœur que je quitte le bloc opératoire — tant d’opérations à mener, tant de femmes qui arrivent, encore, encore, et qui ont besoin d’aide — mais il me faut saisir toutes les tribunes pour dire au monde ce qui se passe au Congo et tâcher de le responsabiliser sur ce qui est désormais une arme de guerre. »

J’entends, je comprends, et ces mutilations me terrifient. Il parle d’une jeune femme de 15 ans qui est arrivée chez lui non pour elle mais pour sa sœur de 3 ans, au vagin détruit. Le bon docteur est exposé à l’horreur de l’humanité chaque jour. Il non seulement combat le mal par le bien, y consacre toute sa vie et finit même par parcourir le monde, le moins longtemps possible à chaque fois, pour faire entendre sa cause !

Denis Mukwege en compagnie de femmes

C’est fait, on lui a enfin remis le prix Nobel qu’il méritait. Et en le recevant, il l’a dédié « aux femmes de tous les pays du monde, meurtries par les conflits et confrontées à la violence de tous les jours. ». Il ajoutera : « Je voudrais vous dire qu’à travers ce prix, le monde vous écoute et refuse l’indifférence… C’est vous, les femmes, qui portez l’humanité. »

Le voilà brillant d’honneurs, reluisant de considération, presque intouchable du fait de son fameux prix Nobel décerné, mais que pensez-vous que les lobbyistes sur place, les politiciens véreux, les corrupteurs intéressés par les ressources du Congo sont en train de faire ? Partir ? Ranger leurs bites et leurs armes ? Relâcher l’enfant qui pleure ?

J’ai honte parce qu’on n’agira pas plus, et qu’on tachera de bien vite oublier le bon Docteur, parce qu’il nous fait honte par la grandeur de son immense personne. Parce qu’on n’est pas à sa hauteur alors qu’il a absolument besoin de nous !

Je voudrai porter en moi la même vocation que lui, je voudrai croire qu’on peut sans relâche en poussant faire basculer le monde. Je contemple ce grand homme, qui, chaque jour, lave les corps des plus humbles, panse les plaies, soutient et porte l’espérance. Il est allé à l’ONU pour dénoncer la lâcheté et l’hypocrisie de cette institution. Il a craché sur des gouvernements, refusé des élections qu’il a jugé truquées, il est sous escorte permanente, et, chaque jour, il est au bloc pour sauver des vies.

Je vous demande donc de ne pas oublier le bon docteur Miracle, pour toutes les femmes qui ont connu et qui connaîtront les mutilations et la haine. Attendez le signal qui pourra l’aider dans sa cause. Faites-en le symbole qu’il demande à devenir. Sortez de la honte de fermer les yeux et de vous cacher derrière une récompense pour lui donner le pouvoir dont il a besoin et changez le monde avec lui.

 

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