Au début, l’âme reporter, je m’étais dit qu’un bilan de la superbe convention de la Lune Rousse de Rennes, « Eclipse IV » serait un reportage intéressant. Et puis, après réflexion de ce qu’est notre journal, notre lectorat, je me suis dit qu’il fallait reculer d’un pas, avoir une vue plus globale, plus neuve et proposer non un reportage mais une visite de ce qui, pour beaucoup d’entre vous, reste un ovni qu’on contemple uniquement en affiche et qu’on n’ose jamais rencontrer.

C’est donc en pensant à vous, amis curieux de cet inconnu qu’est le Jeu de Rôles, que je me propose d’écrire cet article d’ambiance, afin qu’à travers mes yeux, vous puissiez faire en toute sécurité cette rencontre avec l’OVNI au nom mystérieux de trois mots « Convention de Jeux ». Prenez place !

Tout d’abord, pour planter le décor, le club de la Lune Rousse n’est pas inconnu pour moi, bien que je n’y étais jamais allé encore. Rennes compte grosso modo 4 clubs de Jeux de rôles, la Lune Rousse est sans doute le plus gros et nationalement connu ; le plus petit, c’est le mien, le Trident, club universitaire encore à ses balbutiements avec une trentaine de membres, là où la Lune Rousse en compte soixante-dix, ce qui est commensurable pour un club de jeu universitaire… Nous avons donc déjà eu l’occasion de rencontrer ses dirigeants et notre club a même proposé un coup de main à l’organisation de la convention. Pour ma part, je n’ai pas voulu faire partie de l’orga et c’est en touriste que je suis allé les voir.

Arrivée le samedi à quatorze heures et deux minutes. Ambiance euphorique : la convention avait démarré la veille au soir et beaucoup de joueurs présents avaient déjà joué une bonne partie de la nuit, ce qui donne un peu l’impression d’arriver à une convention des zombis joyeux et rigolards. Les discours qu’on entend sont toujours des plus étranges. « Tu vois, j’ai pas réussi à dégommer ce foutu gobelin, il m’a arraché un bras, alors je me suis taillé », « Ouais, je te comprends, c’est comme moi avec ma hache que j’ai cassée sur un rocher, vraiment quand on a la poisse… ».

Un peu déroutant, mais bon, on pousse jusqu’à la table des inscriptions. Le Gentil Organisateur me regarde d’un air désolé. « T’arrives un peu tard, toutes les tables sont complètes pour l’après-midi ! ». Ben ça commence bien ! Je regarde ma compagne qui me fait ses grands yeux désespérés lorsque j’entends derrière moi deux jeunes femmes se prendre la même réplique. Quelques instants après, un affolement prend les orgas, le Master de la table 6 n’est pas venu pour faire le Donjon et Dragon prévu. 8 joueurs sur le carreau. Je regarde à nouveau ma compagne, ses yeux pétillent à présent… Je me tourne vers les orgas et leur annonce « Je peux masteriser une table, si vous avez besoin de moi. ». Leur seule réponse fut « Ton nom ? Tu peux prendre combien de joueurs ? » On ne fait pas deux fois ce genre de proposition dans une convention. Un membre de l’équipe m’emmène à la table 6, dans une petite salle de la cité étudiante. La salle est coupée en deux par un panneau de bois. De l’autre côté, nous entendons un serment d’allégeance que trois joueurs font à un autre joueur que nous imaginons avoir un personnage souverain. On s’installe…
Deux autres joueurs qui sont arrivés également en retard, venant du Nord, se joignent à nous. « A quoi joue-t’on ? » me demandent-ils en cœur ? Je leur annonce « One Shot Freestyle ! ». Cela se traduit par « On se fait une petite histoire complètement improvisée tous les cinq ». Temps de la partie : 5 heures.

Après que chacun m’ait dit ses films et ses jeux préférés, je concocte un point de départ amusant. Deux joueurs incarnent des adolescents de 16 ans qui veulent cambrioler les Galeries Lafayette à Paris. Un joueur est un flic alcoolique de 45 ans reconverti en vigile de nuit dans ce grand magasin. Un autre joue une toute jeune recrue des services secrets français dont les locaux (secrets) se trouveraient juste en face de ce magasin, et enfin ma compagne joue une jeune fille de 13 ans, dont le père est le dirigeant du plus grand réseau international mafieux, arrêté depuis un an. Tous ignorent les secrets qui hantent les personnages des autres. Le casse commence, puis tourne rapidement mal. Le vigile alcoolique poursuit les voyous dans tout le magasin. Lorsqu’ils atteignent le toit, c’est la petite fille qui les fait chanter pour obtenir leur butin en échange d’une aide indispensable. Pendant ce temps, le jeune agent décide d’intervenir contre l’ordre de ses supérieurs et fait beaucoup de dégâts. Tout ce petit monde vit mille aventures avant de se faire arrêter par la DST qui tente d’étouffer l’affaire car la jeune fille n’est pas officiellement en France et c’est un grand risque de représailles terroristes que de la laisser libre…
Autour de la table, tout le monde y va de son personnage, mettant en avant ses défauts, jonglant avec le ridicule. Le jeune agent provoque des accidents de voiture, se fait bâcher lors de ses interrogatoires, provoque des catastrophes sans précédent dans Paris et tout le monde frissonne !
La partie s’arrête sur de grands éclats de rires ! On s’échange les numéros de téléphone, les adresses, on se recroisera sûrement pendant la convention ! Arrive le temps de remplir les petites fiches d’évaluation et tout le monde bute sur la première question « A quoi avez-vous joué ? ». On me regarde. Je leur annonce le nom inventé de ce jeu inventé en Freestyle : « Braquage ! ». Et puis, comme après un bon film, on a du mal à se séparer, on discute encore des scènes qui nous ont le plus plu. En sortant, on croise des gens qu’on connaît, on leur raconte à nouveau l’aventure tant l’émotion fut grande !

Retour à la grande salle d’organisation. On commande une pizza. Je fais mon compte-rendu oral aux orgas et je vais m’asseoir à une table vide. Un ami vient me voir. « David, t’as ramené des jeux ? ». Il me connaît bien. Depuis que je bosse à Petit Peuple, j’ai toujours des boites de jeux sur moi pour en tester les limites et les mécanismes à toute occasion ! « Cash’n Guns et SDA : Confrontation ! ». « Tu nous passes les flingues ? ». Ils s’installent à 5 à la table d’à côté et déballent le matériel sous les yeux des autres joueurs curieux. Moi, je sors confrontation pour jouer avec ma compagne, mais rapidement, un copain de la fac vient demander à faire un essai, puis un père de famille dit être champion dans ce jeu, et ça finit en petit tournoi en attendant le repas. A cet instant, dans toute la salle, les jeux de sociétés tournent à tout va ! Inutile de connaître les joueurs, il suffit de vouloir connaître le jeu pour faire partie de la table ! Cela rappelle beaucoup la pièce posée sur le baby-foot dans les cafés. On annonce juste qu’on veut jouer, sans plus de cérémonial.
Pizza arrivée, un régal ! Tout le monde s’échange des parts, on rigole, on discute, c’est la fête ! Pas d’alcool en vue, juste de la bonne humeur !
Retour à la table d’inscription. « Il nous reste de la place sur les tables de La petite maison dans la prairie, Talismanta, Donjons et Dragons, INS/MV et Shadowrun. » Il faut dire que les parties du samedi soir sont très prisées. Les 14 tables sont déjà bien remplies. On s’inscrit à INS/MV avec ma compagne. Je ne connais absolument pas cet univers et j’en ai beaucoup entendu parler. On incarne des démons qui se font courser par des anges sur Terre. C’est un jeu à prendre au millième degré tant il est drôle et ne se prend pas au sérieux.

On arrive à la table de Simon, le Master d’INS. « Combien d’entre-vous connaissent le jeu ? ». Sur les 5 joueurs, un lève timidement la main. Simon sourit. « Tant mieux, j’adore faire de l’initiation ! ». Il faut savoir que lors des conventions, ne rien connaître au jeu de rôles n’est pas une tare mais une réjouissance pour les Masters !
Il nous explique comment fonctionne ce monde, la hiérarchie des anges, celle des démons, les buts des uns et des autres. Il nous explique que l’histoire se passe de nos jours et que nous devons rester très discrets avec les humains qui ignorent notre présence, mais que nous devons quand même jouer les bad boys le plus possible et remplir les missions que nos princes des ténèbres nous ont attribuées. La partie commence.
On démarre timidement. Je joue un démon femme incarné dans une humaine au physique et à la beauté de Catherine Zeta-Jones, spécialisé dans la discorde sous toutes ses formes. Autant dire que je me suis éclaté à créer des émeutes, casser des couples, pousser des humains à se battre ou encore insuffler la révolution dans des avions dont le vol était retardé. La mission ? Ah oui, il y a une mission aussi. Il nous fallait protéger le lancement d’une fusée sur la base de Kourou(coucou) qui contenait un satellite permettant des communications démoniaques planétaires. Les anges avaient eu vent de tout cela et la bataille qui eut lieu sur la base n’avait rien à envier aux émeutes de novembre ! Pour tout dire, je suis tombé amoureux de ce jeu et vais probablement m’acheter le livre de règles afin d’y jouer avec mes amis du club du Trident. Fin de partie 3h30 du matin. On est vidé, mais des images plein la tête. On s’échange nos adresses, on se promet de se revoir, on salue tout le monde pour ce fantastique samedi et on rentre tranquillement à la maison. Un des symptômes de ces jeux de rôles, c’est que j’ai encore longuement parlé de la partie avec ma compagne, nous rappelant les plus belles scènes, nous amusant des choses fantastiques qui eurent lieu pendant cette terrible aventure.
J’aurais aimé vous parler de cette démonstration de maniement d’épées médiévales qui eut lieu samedi midi, vous parler du stand Talismanta présenté par Ludopathes et toujours surchargé de monde, ou encore de la démonstration du jeu de figurines « Seigneur des anneaux » dont la fantastique maquette de 2 mètres sur 2 trônait au centre de la pièce et représentait la bataille du Gouffre de Helm, mais il faut dire ce qui est : dans une convention, la frustration de ne pas tout faire et tout vivre est grande et chaque joueur se crée son parcours ludique durant ces trois jours.

Ainsi s’achève la ballade de David à la convention Eclipse. D’autres que moi pourraient vous en faire un dossier complet, mais j’espère vous avoir fait vivre, le temps de cet article, l’ambiance électrisante et euphorique qu’on y vit, et, pourquoi pas, vous avoir donné l’envie de la vivre, en toute simplicité en allant simplement faire un tour à la prochaine que vous verrez en affiche, pour goûter à ces jeux dont beaucoup ignorent le niveau de plaisir qu’ils procurent !

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