Tout le monde connaît ce phénomène d’octobre qui essaie de tirer la couverture à lui depuis quelques années. Halloween, cet intrus dans nos traditions respectées et respectables, parle de citrouille, de frayeur, de mort, mais d’un ton joyeux et surprenant. Rien à voir avec notre traditionnelle Toussaint où nous empotons des fleurs pour décorer les pierres de nos chers disparus. Cette fête Made in America est pourtant directement liée à notre passé, et on peut même dire que les Américains nous ont volé Halloween. Vous ne me croyez pas ? Alors en route vers un monde où la magie existe encore.

Samhain, la fête la plus importante du peuple gaulois était le Nouvel An de l’époque. Dans leur raisonnement, la fin de l’année arrivait lorsque les récoltes touchaient à leurs termes et que le froid devenait plus rude. Pour cela, ils ont situé cette date de transition à notre 31 octobre.  Les troupeaux étaient ramenés des prairies aux étables, et le soleil était remercié de la moisson qui représentait une aide pour la bataille à venir contre les ténèbres et le froid. Ce dernier jour de l’année, on supposait que les esprits pouvaient faire une brève visite à leurs parents, alors que le Dieu de la mort tentait de rassembler les âmes de ceux qui étaient morts durant l’année afin de leur révéler leur sort. En cette nuit du 31 octobre au 1er novembre commençait Samhain. Au cours de cette première nuit de la nouvelle année, on procédait à tout un cérémonial rigoureux afin de s’assurer d’une bonne année à venir : Le soir, les Gaulois éteignaient le feu dans l’âtre de leurs foyers. Ensuite, au cours de la nuit, ils se rassemblaient en cercle et les druides étouffaient solennellement le feu de l’autel, puis frottaient des branches sèches du chêne sacré jusqu’à enflammer un nouveau feu pour honorer le dieu du soleil et effrayer les esprits diaboliques. Chaque chef de famille recevait de la braise rouge recueillie dans ce feu pour en allumer un nouveau dans son âtre, feu qui devait brûler jusqu’à l’automne suivant. Ce feu sacré protégeait ainsi du danger le foyer tout au long de l’année.

La fête de Samhain était la plus importante des fêtes gauloises. Le porc communément servi à table était remplacé par deux taureaux blancs liés par les cornes, sacrifiés après la cueillette du gui. Le festin rassemblait tout le village. On y buvait de la bière, du vin, de l’hydromel… La fête durait une semaine à quinze jours et pour être certains d’effrayer les esprits, les Gaulois étaient grimés et portaient des costumes effrayants. Tout se joue il y a plus de 2500 ans. On peut supposer qu’il s’agit d’une des fêtes les plus anciennes avec le solstice d’hiver, autrement appelé Noël.  Incorporer Samhain au calendrier catholique a pris plusieurs siècles. Au Vllle siècle, le pape Grégoire III a déplacé la fête des Saints en novembre. Vers 840, le pape Grégoire IV y a installé Toussaint, décrétant que ce jour et la veille seraient observés. Odilon de Cluny choisit en 1048 le 2 novembre comme le Jour des Morts. Les morts, les ancêtres, les héros passés eurent ainsi leur place à la fin de l’été, au moment où toute la planète sombre dans la nuit. Une croyance très ancienne et très présente encore dit que les morts fuient la lumière du jour, comme si les âmes ne voulaient pas subir la lumière de vérité. Est-ce à un désir profond de l’homme qu’on doit le fait de laisser les âmes libres et invisibles ? Le tout étant que le soir d’Halloween, comme à l’origine de la Toussaint, les ancêtres viennent rejoindre les leurs. Mais Halloween se distingue dans la crainte des mauvais esprits qu’on doit chasser en les effrayant, ce qui a donné cette ambiance fabuleuse des gens qui deviennent des monstres terrifiants déambulant dans la nuit, le soir du 31 octobre, repoussant les passants, faisant des farces horribles ou mangeant des plats aux apparences horribles. Je ne parle pas de leurs plats traditionnels parfois discutable, mais de leurs créations culinaires pour l’occasion ; des poulets bleus-faisandés, des pâtes en forme de vers de terre ou encore des gelées de viande servies dans des faux crânes ouverts. N’est-ce pas eux-mêmes qu’ils tentent d’effrayer ? Halloween est un puissant libérateur d’angoisse où on soigne la tristesse par le rire.

Le mot anglais viendrait de cette époque. All Hallows’day ( le jour de tous les saints) pour la Toussaint, All Hallow Eve ( La veille de tous les saints ) pour la nuit sainte qui précède et qui est devenu Halloween bien plus tard. Alors qu’en France la culture celte disparaissait, des coutumes populaires de Samhain ont continué à se développer en Irlande, Écosse, Pays de Galles, et certaines régions d’Angleterre. L’un des plats servis au dîner en Irlande à Halloween est appelé « Callcannon ». À ce plat de purée de pommes de terre, de panais et oignons frits étaient mélangés une bague, un dé, une poupée en porcelaine et une pièce. Celui qui trouvait la bague pouvait se marier dans l’année, celui qui trouvait la poupée en porcelaine aurait un enfant, celui qui trouvait le dé ne se marierait jamais, et celui qui aurait la chance de trouver la pièce serait riche. À la suite d’une grande famine, les pratiques d’Halloween se déplacèrent avec la grande émigration Irlandaise de 1846/48 vers les États-Unis, emportant avec elles l’un des personnages les plus populaires d’Halloween, Jack O’Lantern, autrement appelé Jean Lassitrouille. C’est à la fin du XIXe siècle qu’Halloween est devenue une fête nationale aux États-Unis, avec ses jeux, ses divinations, et la coutume du  « Trick or Treat » réservée aux jeunes gens qui, grimés de masques d’horreur vont frapper aux portes des voisins afin d’obtenir des bonbons sous la menace.

Est-ce si curieux comme attitude ? Notre carnaval pur et authentique permet l’infidélité sur 3 jours et détruit les pouvoirs en place. En Espagne, mis à part les bouchers qui font leur travail dans une arène, on retrouve aussi des grandes batailles de tomates ! Et en Moselle, on a depuis très longtemps la nuit des sorcières, pendant laquelle il n’est pas rare de voir des maisons d’enseignants se parer de magnifiques papiers toilette. Cependant, en Amérique du Nord, Halloween n’a pas toujours été une fête d’amusements .

Au début du siècle dernier, les adultes se jouaient des tours pas nécessairement sympathiques, et pour tout dire, beaucoup de comptes étaient réglés en une nuit. par contre, les enfants se contentaient de défiler déguisés dans les rues et revendiquaient fortement des petits cadeaux et criaient « Gare aux radins» ! Mais la tradition du trick or treat ( des bonbons ou gare !) en frappant aux portes n’est venue que dans un deuxième temps, plus récent, dans les années 30.

Dans le même ordre d’idée, la sorcière n’est présente dans le folklore de Halloween que depuis le XIX°s. On retrouve là les Saturnales, la fête des Fous ou de l’Âne. Halloween a mis longtemps à devenir ce qu’elle est aujourd’hui, une fête de magie, mystère, déguisements et bonbons. La tradition dit que les activités tumultueuses des mauvais esprits et sorcières sont les mêmes que celles des enfants, masqués par la coutume derrière les déguisements de fantômes et de squelettes. Tout se passe comme si les enfants étaient la continuation de ces mauvais esprits par les déguisements qu’ils portent et donc par leur identification.  À eux donc de jouer les tours que jouaient les morts en passant une dernière fois parmi les vivants. Même si Halloween ne se fête que le 31 octobre, c’est durant tout le mois d’octobre que les enfants américains le préparent : décorer les maisons, créer son déguisement, et se préparer pour le Trick-or-treating avec une taie d’oreiller pour ramasser le maximum de bonbons. Le thème des déguisements et décorations tourne autour des sorcières, chats noirs, fantômes, squelettes, diseuses de bonne aventure, vampires, loups-garous, citrouilles… La soirée se termine à chacun sa guise en chantant, en dansant, en jouant, en se racontant des histoires horribles.  Tel est la fête d’Halloween dans sa véritable dimension.

Cependant, c’est assez loin de ce que nous servent les médias et les champions du marketing dès le début d’octobre. En France, on ne voit que le mouvement de mode importé des States comme on a vu le chewing-gum ou le Mc Donald’s arriver : « American Way of Life », on continue à essayer de leur ressembler. Il faut savoir que cette fête se dénature de toute façon partout ; par exemple, aujourd’hui de nombreux commerçants aux États-Unis font plus d’affaires à Halloween qu’à Noël. Il y a peu de films, dessins animés, feuilletons qui n’aient une scène se déroulant durant cette fameuse nuit. On y a même rencontré E-T- et Woody Allen, sans oublier le mythique film d’épouvante « Halloween, la nuit des masques » de John Carpenter avec la désormais célèbre et sublime Jamie Lee Curtis dans le rôle de la fille qui pousse pendant une heure trente des hurlements stridents et terrifiants. Personne en France ne sait vraiment ce qu’est ce phénomène, mais on en mange dans nos séries B, au cinéma, dans les livres… Bref tout ce qui est Made in America est estampillé Halloween à un moment ou un autre de son existence. On peut se demander alors, comme un nouveau plat qu’on peut goûter, « est-ce bon pour nous » ? Est-ce dans notre désir de fête ? Visiblement, depuis quelques années maintenant, un phénomène apparait à cette date dans nos contrées.

Le « trick or treat » reste peu pratiqué actuellement, car il faut être sûr que la personne qui ouvre la porte sache ce qu’est Halloween. Cependant, on observe un boom de ce carnaval d’octobre sur le thème de la mort. Des centaines de soirées s’organisent de par la France, les boîtes de nuit s’emparent du concept, le mouvement démarre dans la génération montante et va rapidement se répandre. Il faudra quelques années encore pour voir le phénomène devenir une fête nationale. Imaginez le pape nous souhaiter un joyeux Halloween ! Ou Mr Chirac, respecté président du peuple Français avec un chapeau de sorcière ! Tout peut arriver dans les prochaines années. Alors loin des guerres, loin de la haine et du racisme naissant, saurez-vous poser vos armes pour prendre le masque lors de la nuit la plus terrible de l’année ? Chaque fête nous rapproche, et je ne serais jamais contre une joyeuse fête !

[note color= »#FFF »] D’ou vient la citrouille ?

Laissez-moi vous présenter Jack O’lantern, qu’on appelle également Jean Lassitrouille. L’un des personnages les plus populaires et les plus solides d’Halloween était d’abord une tradition irlandaise. En Irlande, les énormes pommes de terre, rutabagas et navets étaient creusés, sculptés en des têtes affreuses et illuminés avec des bougies – au lieu de citrouilles, que l’on ne trouvait pas – pour être utilisés comme lanterne à la fête d’Halloween.

Le nom de Jack-o’-lantern est supposé avoir pour origine un conte folklorique d’un homme appelé Jack qui était un ivrogne patenté et avare. Un soir, dans son pub, le Diable apparut pour lui demander son âme. Habilement, Jack le persuada de prendre un verre avec lui avant qu’ils ne partent ensemble. Pour payer son verre, le Diable se transforma en pièce de six pence que Jack saisit immédiatement. Il la mit dans son sac qui avait une attache avec une serrure en forme de croix, empêchant ainsi le Diable de partir. Finalement, Jack le libéra à condition qu’il le laisse tranquille une année de plus. Douze mois plus tard, Jack fit une autre farce au Diable, le laissant en bas d’un arbre avec la promesse qu’il ne le poursuivrait plus. À la fin, Jack mourut. Chassé du Paradis par transgression, et de l’Enfer à cause de ses farces. Jack, en désespoir, marchanda avec le Diable pour du charbon ardent afin d’éclairer son chemin dans le noir. Jack le mit dans un navet qu’il mâchait, et, comme le dit l’histoire, il fut condamné à marcher avec sa lanterne jusqu’au jour du Jugement.
On retrouve Jack dans un magnifique film de Tim Burton (Sleepy Hollow, Alice, Big Fish…) qui s’appelle «l’étrange Noël de Mr Jack». Un fantastique conte moderne sur Halloween : A découvrir de toute urgence, si ce n’est déjà fait. [/note]

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