Ca fait quelques heures à présent que je suis dans mon lit. L’oreiller plaqué contre ma tempe, j’étouffais du mieux que je pouvais les bruits alentours. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, mon beeper non plus, la télévision changeait de chaîne tout le temps, Elisa m’appelait. Je donnerais tout pour lui répondre, j’abandonnerais tout ce que j’ai pour la voir, mais un pas vers elle ou ce téléphone, et c’est ma folie qui fout le camp. Pourquoi Dieu faut-il que je subisse un amour aussi fort ! Donne-moi le courage de réussir, toi qui t’es tant moqué de moi. Tu me dois bien ça.

 

Ma vie était normale avant elle. J’avais un travail simple de pompiste que j’effectuais avec toutes les simplicités du métier, je venais de fêter mes 25 ans simplement chez mes parents, en famille, j’étais un célibataire coulé dans le béton, libre et heureux, profitant du soleil comme du samedi soir, souriant, heureux, simple, quoi. Ça faisait des années que je naviguais sur Internet le soir, à la recherche de morceaux de musique, de films, de photos marrantes ou pornos (on ne trouve de toutes façons pas l’un sans l’autre), et de quelques amis avec qui je pouvais converser via ces salons de discussion aux sujets variés et prometteurs. « Prends moi à mort », « JF pour H âge mur », « pirates dans la place » ou encore « maman, apprends-moi à faire l’amour ». ça n’était pas la sexualité en tant que telle qui m’attirait, au fond, mais le désir de porter un masque… Vous savez, je suis un tueur au plumard, j’aime les filles chaudes, donnez moi des corps que commence l’orgie » Un masque, quoi. Si j’avais concrétisé un seul de mes propos, je me serais tellement craché à la gueule par dégoût que j’aurais fini soit par adopter définitivement le masque, soit détruit le corps d’une manière ou d’une autre, peu importe. Rencontrer des gens tordus, leur susurrer des horreurs, leur promettre du rêve pour finalement éteindre l’ordi et aller se coucher, c’est ça la télévision interactive du 21ème siècle. J’étais dans ce délire quand je me suis fait aborder par une fille. Son pseudo était « j’apprends-la-vie02 ». Dès le début, j’ai senti qu’elle allait me nuire… Non, plus sincèrement, j’ai surtout pris plaisir à lui nuire.

« – Bonsoir, jeune inconnu, je m’appelle Elisa, veux-tu discuter un peu ? », Sa phrase de départ était la preuve ultime que c’était la première fois qu’elle venait. Les débutantes ne savent pas qu’on leur ment tout le temps, elles se font avoir, et je m’en réjouissais d’avance. Erreur.

« -Salut à toi, princesse Elisa, je suis Xavier, un prince charmant à ton service »

–       A mon service ? Voilà qui me plaît, quel âge as-tu ?

–       J’ai 30 ans à peine, frétillant comme un gardon !

–       Quel enthousiasme, ça fait plaisir à voir. Comment es-tu physiquement ?

–       Tu ne t’intéresses qu’au physique ?

–       Je vais me faire ma propre idée du mental J

–       Je suis plutôt musclé, des pectoraux assez développés, je suis brun aux yeux bleus et très poilu.

Autant dire Stallone, un peu loin de moi.

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