David Gos

Ecrits

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Nouvelle : Cent regrets

2000 –
 
 
Vient toujours dans une vie le moment des remerciements…
Si on m’en donnait la force, je pousserais à bien ce rêve – cauchemar,
J’irais chercher cette vie au fond de moi, j’irais cueillir quelques Pensées dans le jardin de mon âme
Arrosé de quelques larmes mal effacées.
 
A tous ceux donc qui ont fait de moi ce que je suis, au fil des rencontres, des épreuves et des pardons.
A tous ceux qui ont cru en mes rêves éphémères, ceux qui m’ont soutenu lorsque ça n’allait pas, qui m’ont poussé plus encore lorsque j’étais lancé n’avouant jamais leur déceptions de me voir abandonner, je leur dédie ce livre… Plus qu’un livre, une page de ma vie, une réussite à marquer d’une pierre blanche.
 
A tous ceux également qui m’ont détruit, Mes ex et celles qui auraient pu le devenir, toutes celles à qui vont mes pensées à chaque regret, mes amis abandonnés, mes ennemis oubliés, et les salauds à venir,
Je vous attends ! !
 
A ma famille dans l’ombre de laquelle je construits cette histoire, je pardonne les erreurs passées, toutes… Aussi loin que vous soyez de moi, je serais là pour tous et toutes…
Je vous aime même si je l’oublie, des fois…
 
A mes immortels… Présents en absence, ombrés dans le silence, Ceux qui feront ma vie, mes amis, mes maîtres, les quelques rares qui méritent la plus haute distinction, ceux qui se battraient pour moi…
Ceux pour qui je mourrais…
Ma seconde famille.
 
A Aurélie ou plutôt à son parfum retrouvé par hasard après 4 mois de silence,
qui fut le point de départ de toute cette histoire…
Pourrais-je un jour me pardonner ce que j’ai été…
 
Merci à tous d’avoir fait de moi ce que je suis.
 
Malgré mes regrets et mes refus, malgré mes vengeances et mes rejets… Merci d’avoir été là…
juste là, des fois…
toujours là, d’autres …
 
 
Merci
 
 
 
 
 
1
Sister Moon
Dieu reconnaîtra les siens …
 
 
 
 
 
 
 
 
Il devait être 5 heures, je crois… Je me souviens qu’il faisait encore nuit dehors, et malgré la pluie tombante, on entendait déjà les bennes à ordure en action dans les rues de la ville. Je sais, je sais, mes repères ne sont pas des plus précis, cependant, c’est tout ce qu’on a ce soir pour nous aider, il va falloir s’en contenter. On peut toujours croire que tout allait bien ce matin là, je me souviens être resté quelques temps dans mon fauteuil, face à la baie vitrée, clope au bec, lumières éteintes, dans mes pensées comme d’habitude… mon pieu désespérément vide derrière moi me faisait bien ressentir l’absence de ma belle… Tout était calme dans mon appart, la pluie battait contre le carreau comme si elle voulait entrer… c’est ca, continue, pensais-je, tu peux toujours rêver ! On était deux à pouvoir se permettre de rêver, la pluie qui voulait entrer et moi sortir… Oh, pas sortir bêtement dans la rue, mais plutôt sortir de ma vie, fuir mon identité, effacer le passé, surtout ses erreurs, ouais, surtout cette erreur !
 
Ma clope atteignait le mégot, elle cramait dans le cendart, seule… encore une amie, fidèle au moins…
Pourquoi à 5 heure du mat, a-t’il fallu que je sois seul, que je sois assis face à la vitre avec vue sur les voisins au lieu d’être dans ses bras… J’arrête, je commence à dire des conneries ! J’y étais, c’est tout !
 
Alors que rien ne laissait présager un changement de situation, une fenêtre s’alluma dans la baraque en face… Je me souviens avoir pensé « cool, c’est toujours mieux que la télé ! » , je crois que sur le coup la, la télé aurait été de rigueur, quitte à mater « chasse et pêche » ou autres conneries, j’aurais pas eu toutes ces galères, mais bon… ainsi va la vie, comme disait l’autre…On distinguait à travers la fenêtre voisine, une jeune femme des plus troublantes, en robe de chambre verte, déambulant dans son salon à la recherche de quelque chose, mais apparemment pas motivée… Elle me rappelait un peu ma belle par ses airs un peu désabusés … elle laissait flotter ses cheveux châtains en arrière et les remettait assez régulièrement en place, genre le gros tic datant de la 6eme…Je ne sais pas si c’était son maquillage au rouleau à peinture datant de la veille qui avait repeindre tous les oreillers de l’appart, ou encore son manque de classe assez chronique des durs levers du petit matin, mais les top models au réveil ca laisse froid .
 
Quelque chose me posait cependant problème, que je ne dorme pas à c’t’heure là, ok, mais cela n’empêchait pas qu’on était dimanche…Et sauf circonstances exceptionnelles, les gens ne se levaient pas si tôt le dimanche… Avant de penser aux autres, j’aurais peut être dû penser à moi, avec mes 18 whiskys dans les dents, j’ai dû allumer une paire de clopes du coté filtre, et avec une godasse sur la télé et l’autre dans l’évier, le veston jeté proprement dans l’armoire et la cravate accrochée à la lampe, je ne devais pas faire très bonne impression… Bah, de toute façon, personne ne me regardait, non, ca ! ! plus personne, c’est sur…
 
La troublante avait apparemment trouvé ce qu’elle cherchait, et s’en alluma une aussitôt d’ailleurs. Sa plus grande erreur à mes yeux fut d’ouvrir sa porte-fenêtre et de sortir sur le balcon, pauv’balcon à deux balles avec vue sur le trottoir. C’est plus fort que moi, mais les femmes sous la pluie , ca me fait fondre. Ses cheveux flottants ruisselaient et se plaquaient contre son cou, dans la tiédeur d’un matin d’été… elle me donna envie de la prendre aussi cette douche ! J’enlevai mes socquettes et allai sur mon balcon, plus précisément sur mon banc en bois, trempé, naturellement mais toujours présent, je sortis une malbak du paquet dans ma poche et grattai une allumette… pas évident sous la pluie, j’en grattai une deuxième qui, elle, fit son office. L’humidité ambiante et la chaleur sèche de la clope me réveillèrent d’un coup ! Et je la regardais, cette belle aux yeux vides. Je cherchai au hasard de mes pensées une petite étoile épargnée par ces gros nuages lourds, et c’est dans ce moment de faiblesse qu’elle m’aperçut et voulut engager le contact… enfin je crois… bref, elle éternua et me regarda… Tout homme sensé lui aurait présenté ses vœux de bonheur pour les 10 prochains amours mais mes whisky n’étaient pas du même avis et je la regardai se faire saucer tristement, pitoyablement…
 
La petite voix au fond de moi hurlait un truc du genre « bordel ! bouge, gros naze » mais c’est là qu’on voit le pouvoir anesthésiant de l’alcool, bref, je ne bougeai pas, me rendant à peine compte que je la zieutais direct dans ses belles mirettes… environ 10 mètres nous séparaient, plutôt léger pour faire semblant de ne pas l’avoir vue… Comme le temps passait, et que la brume commençait à monter par l’humidité que la pluie avait laissée en cessant, il m’apparut une idée, genre évidente comme on n’en a pas deux dans le siècle !
Café ?
Elle n’entendit pas du premier coup, alors mon charme et ma prose légendaire firent effet.
– Hé ! Café ?
et là….
Pardon ? me dit’elle d’une voix assez suintante
– je vous proposais un café du genre chaud et sec, ca vous intéresse ?
Pas convaincue de mes intentions, apparemment , la petite me dit un gentil « non merci » qui me poussa à ironiser un peu
– Après tout, c’est peut être vous qui avez raison, c’est tellement plus agréable qu’on reste trempé dans le froid, ça fait grandir en plus, non ?
Très drôle ! si si… je ne vous connais pas et vous me proposez un café, je pense que…
Pouce – mouillé, lui dis-je.. Je sais, ça ne se fait plus mais j’ai pas grandi depuis…Je sais qu’on ne se connaît pas mais en cas de pépin, vous retrouverez assez facilement l’adresse, non ? allez, venez, je me sens seul en ce moment et un peu de compagnie me fera du bien… Oh, promis, je ne vous prendrais pas la tête avec mes problèmes, juste un café…
– Je- je n’ai pas envie de compagnie, ça se voit, non ? ! Elle n’avait pas tout à fait tort, ça se voyait ; le mascara dégoulinant en gouttes sombres le long des yeux, les cheveux poisseux, et la dégaine chaloupeuse… en effet, elle n’avait pas envie de compagnie, mais bon, on prend ce qu’on a !
– Prenez une douche chaude, cette fois, et venez me rejoindre, je prépare le café, appartement A213, je vous attends !
– Mais .. mais enfin …
– Vous avez 10 minutes ! top ! ne me décevez pas, s’il vous plaît !
 
je me suis levé précipitamment et suis rentré dans mon nid… Sans même jeter un regard en arrière, je suis allé direct à la cuisine , qui, chose étonnante, est toujours nickel.. excepté un ou deux fûtes posés sur la cafetière… on n’est pas parfait non plus… Bon, d’accord, la chaussette dans le filtre a café, c’est abusif, mais j’aurai le temps de ranger, alors…
Me voilà à faire du café à 5h46 pour une inconnue qui prend sa douche sous la pluie les dimanches matins au lieu de rester au pieu… je deviens de plus en plus con, moi…
 
Le temps de me sécher les cheveux, d’enlever tous les objets hétéroclites du paysage et de m’en griller une autre… sans oublier d’y croire très fort, et les dix minutes furent écoulés…ah non, 11, tiens elle est en retard…
 
Il est 6heure à présent… Comme le temps passe… Un bon vieux « Sister Moon » de Sting en fond pour se décontracter les méninges et je me rends compte de mon échec, elle ne viendra plus… Bah, tant pis, de toute façon, je devais me brosser les dents… bref, autre chose à foutre qu’à constater un autre râteau en pleine poire…
 
Je crois même que je vais pioncer un peu… le temps de fermer les yeux que voilà le bon vieil interphone datant de la dernière guerre qui sonne…
 
HOUUUU, fermer les yeux favorise la gueule de bois, bordel, envie de voir personne dans cet état mais l’odeur de café chaud dans la pièce me donne envie de le partager même en silence… mon coté nounours comme disait ma belle… Voyons si les jambes fonctionnent encore. Je me lève d’un bond et me dirige vers l’appareil, je décroche et distingue sur l’écran à plasma une figure que ma mémoire n’avait dieu merci pas encore éradiquée…
 
– Ah, commissaire, c’est vous… qu’est ce que vous venez foutre ici un dimanche ?..
– Andersen, ouvrez cette porte, on doit parler !
 
Dieu que j’aime son ton autoritaire, ca me rend tout chose…
– Ok, captain, j’ouvre
 
Le commissaire Traker était assez corpulent, bien assis sur sa situation, du genre à attendre la retraite, moi je l’aime bien malgré le fait qu’il me réveille systématiquement à chaque fois qu’il a besoin de moi sans oublier …
 
– B’jour captain, vous avez encore oublié les croissants !
– Je vous en ramènerai la prochaine fois, promis…
 
…Qu’il oublie toujours les croissants…
 
 
 
 
Le voilà, déambulant dans mon appartement, tâchant d’éviter tout le foutoir de mon appart, virant quelques affaires du fauteuil et se vautrant dedans avec sa grâce naturelle. Et moi, naturellement, je le suis au lieu de dégager vite… enfin, c’est mon gagne-pain et c’est vrai que je ne suis pas doué pour d’autres trucs que ça… la chasse à l’homme…
Et c’est vrai que ca fait un sacré moment que je n’ai pas taffé non plus…
 
Alors Traker, racontez un peu les nouvelles…
– Andersen, on a un tueur en série sur les bras, du genre sadique et chiant à chopper…L’affaire a été classée pour manque de preuve donc c’est pour vous…
– Comme d’hab.. Passez moi le dossier, je vais voir ce que je peux faire
 
Il sortit une grosse enveloppe de son veston clean et bien repassé, ça sert d’être marié…
– Ca sent le café frais ici, ca change de la puanteur qui…
– Hého, si vous en voulez, suffit de demander…
– Ben ça serait pas de refus !
– Mmmmh, Quoi ?
– Ben un café…
– …
– s’il vous plait ?
– Et un café, un !! Ok, de toute façon, vous êtes moins belle mais faudra faire avec !
– Pardon ? ? ?
– sans importance… Noir avec un sucre, c’est ça ?
– Ouais, merci…
 
Dans la cuisine, le café avait cessé de couler depuis une demi-heure mais c’est toujours bon, non ? Je sors deux tasse, la mienne, cadeau de ma belle et une tasse Mickey avec les oreilles sur le coté… Je sais pas pourquoi, quand je suis bourré, j’ai tendance à devenir sadique…
 
Les tasses me crament les paluches pendant que le phoque est toujours sur MON fauteuil et vient de me taper une clope en plus… Un de ces jours, je le raterais pas…
 
– Tenez, votre café…
– Merci, euh… Voilà une tasse curieuse…
– Je viens de fracasser la dernière dans l’évier pour tester le broyeur, désolé…
– Pas grave, me dit il avec un sourire un peu forcé, au fait, je vous ai pris une cigarette…
– Pas de problème, Arsène ! Bon, j’ai feuilleté le dossier, je prends l’affaire !
 
Pour toute réponse, il hocha la tête, but à l’américaine ; une gorgée et se leva…
Difficilement, il faut le dire…
 
Ok, Andersen, ça faisait longtemps… Vous vous en sortirez ?
– On verra… au fait, merci pour les fleurs
– C’était normal… en fait c’est ma femme qui…enfin c’était rien, quoi..
 
Tu parles, un pov’bouquet à 30 balles de chez Prisunic mais bon, c’est le geste qui compte à ce qu’il parait…
 
La baleine se dirige vers la porte et j’ai l’impression de sentir chaque vibration de ses pas…
Un dernier regard en arrière avant de franchir la porte, histoire de s’assurer que je ne me suis pas jeté par la fenêtre…Bon, on souffle un peu et on finit ce qu’on était en train de faire avant que la baleine débarque… c’est à dire pioncer ! !
 
Je quitte le salon pour rejoindre mon seul amour, mon pieu !Le plafonnier ne marche plus depuis bientôt 2 mois mais j’ai toujours ce putain de réflexe, je sais pas pourquoi, je dors mieux après avoir poussé l’interrupteur…Putain, va falloir que je change les draps, le parfum de ma belle y est sacrement ancré et je n’ai encore rien touché depuis que… enfin depuis cette dernière affaire, quoi…
 
Les yeux vers le plafond à mater le noir, le vide dans les pensées, j’entends encore quelque part dans ma tête la chanson qu’elle fredonnait tout le temps…
Faudrait penser à dormir et fermer les yeux devient galère avec le Jack Daniels qui toque à la porte…
Puis le noir…   
 
 
 
 
                                                                                                                  

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