Roger Bichelberger

Lundi 27 juin 2005
Un Maitre n’est pas celui qui ordonne mais celui qui transmet, et dans son cas, celui qui permet à l’enfant que j’étais de s’épanouir et de comprendre…

Je l’ai perdu de vue depuis bien trop longtemps, il était mon professeur de Lettres au Lycée Jean Moulin, à Forbach en 96/97… 


 
 
Il a connu la partie de ma vie la plus instable, je pense. J’avais mon groupe de Rock, je faisais la teuf, arrivais des fois pas bien clair à ses cours, ne faisais pas ses devoirs, et pourtant. Oui, il a été ce que chaque élève rêve d’avoir une fois dans sa vie, un mentor, aimant et affectueux, à l’écoute de son entourage, compréhensif et patient. 
Quand je déconnais trop, il me donnait comme punition des poèmes à apprendre par coeur, que je mettais en chanson pour les mémoriser plus facilement. Le pont de Cé d’Aragon, La tirade de Phèdre à Hyppolite, les Yeux d’Elsa d’Aragon, Chant d’Automne de Baudelaire, et j’en passe. Je m’en souviens encore aujourd’hui, me les récitant de temps en temps, parce qu’il me sermonnait de ne pas y mettre de passion en les récitant. J’ai ainsi appris a les ressentir, à les comprendre. 
Ma première nouvelle, « cent regrets », il fut le premier à la lire, je l’avais ramené chez lui un soir, discretement glissé dans sa boite aux lettres. Il est écrivain de talent, auteur de nombres de fabuleux livres et de recueils de poèmes. Nous devions nous rencontrer pour en discuter, mais l’occasion ne s’est pas présentée, il m’a seulement dit par téléphone qu’il l’avait trouvé trop confuse. Je crois que ma fierté en a pris un coup, je m’attendais d’avantage à des félicitations. Avec le recul, je sais qu’il n’a pas jugé ce texte comme un premier jet, il l’a comparé à son travail et m’a alors traité en confrère. C’était trop pour que je comprenne. Il m’a fallut du temps.
Une des dernières fois que je l’ai vu, c’était dans sa chambre d’Hopital où il s’était retrouvé pour un problème cardiaque. Ca m’a vraiment touché, et quand j’ai appris qu’il était sorti, j’ai plus ou moins coupé les ponts pour me mettre à l’abris de sa perte qui m’aurait trop affecté, je pense. C’est dommage… Depuis, rupture de contact, mais je pense encore souvent à lui. J’avais envie de vous le présenter…Sur un site de prière (www.prier.be) j’ai trouvé ce texte de lui, je vais peut-être remonter cette piste pour le retrouver. Ce poème vous montrera plus que tous les discours la véritable nature de mon premier véritable Maitre…
 

Prière de l’éducateur… 

Les voici, Seigneur,
assemblés à l’orée
de cette année nouvelle
comme graines 
jeunes et belles
au bord d’un champ nouveau…Les voici, Seigneur, inquiets, curieux, 
comme brûlés d’un feu intérieur
qu’ils ne connaissent pas;
ils vont d’un même pas, 
les dociles et les rebelles, 
avides de connaissances belles, 
avides de vivre, 
ivres, oui, ivres
de la vie qui déborde…

Permets, Seigneur, que, pour eux, 
je ne sois pas  »l’instituteur » soucieux
seulement de les couler dans le moule, 
quel qu’il soit,
mais que je croie
qu’il m’appartient de les aider 
à se tenir debout
comme des hommes libres.

Permets, Seigneur, que, pour eux, 
je ne sois pas le  »maître » désireux
d’agir en maître avant tout,
de dominer, de régenter,
tout un peuple d’enfants :
il n’est point d’autre Maître que toi, 
le serviteur des filles et des fils du Roi.

Permets, Seigneur, que, pour eux, 
je ne sois pas le  »professeur » bavard
qui ne les entend pas ou trop tard.

Donne-moi d’être un homme d’écoute
et, parfois de doute…
Donne-moi d’être, pour chacun d’eux, 
le compagnon sur la route, 
celui qui mange le même pain
et qui sait tendre la main.

Donne-moi d’être le conducteur,
Seigneur,
celui qui marche avec et qui guide
humblement le troupeau avide;
donne-moi, Seigneur,
d’être le porte-lumière qui lève haut
le flambeau
et qui ne perde jamais des yeux
aucun de ces petits, les enfants de Dieu.
Roger Bichelberger

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