Savez-vous vivre une vie en seulement 4 saisons ?

Un arbre qui porte les 4 saisons

Et si la vie était une année, une seule, avec ses 4 saisons, comme 4 âges, 4 passages, 4 temps. Une valse ? Sans doute aussi. C’est un an et c’est une vie.

Une idée me traverse. Je me dis que nombreux sont les poètes avant moi à l’avoir formulé. Elle est évidente, profonde et pose la question de comment vivre chaque saison.

Un hiver, en janvier, froid et rigoureux, qui nous impose de nous serrer fort, coeur à coeur, yeux à yeux, en attendant les jours heureux.

D’abord quelques mois d’hiver, pendant lesquels on est blotti au chaud près du coeur. Lorsqu’on nait alors, on ressent le froid, la faim, la lumière, l’étrangeté, on cherche les ombres, on distingue les silhouettes dans le brouillard. En hiver, on ne peut pas beaucoup sortir. Il fait trop rude pour ça. On passe son temps à dormir, à manger, à aimer.

Au printemps, tout nait. Les graines des années passées germent dans une terre lourde d’histoire. On prend ce qu’il y a autour et on va faire sien ce qui vient des âges plus anciens.

La terre qui nous façonne, celle qui nous donne l’essentiel de ce que nous serons, est fertile. Année après année, elle s’est enrichi des vies passées. Son terreau, un humus fort, vient de nos ancêtres et nous naissons, unique et mélange. Tout se brasse, entre ce que nous sommes et qui ils étaient. Le soleil nous donne la force de pousser. Ce sont nos belles années.

Comme une herbe folle, ivre de lumière, on découvre le monde, son étendue, ses vastes contrées. On apprend aussi la nuit, la pluie, la douleur et le froid. On s’enhardit, on construit son soi. En ces temps, on ne sait rien du monde. Notre connaissance va là où se pose notre regard. On n’imagine qu’à peine ce qu’est toute la vie. C’est immense, et on est encore si petit.

En été, plein de soleil et de chaleur, on donne ce qu’on a, on exprime ce qu’on est. Le coeur palpite, on vit intensément. Chaque seconde compte, on en dépense tant.

Du vent chaud des Alisés, on hume les parfum étranges, les épices lointaines, la fraicheur des herbes grasses, le profond corps des sous-bois. On se mélange et on s’accomplit. Il commence doucement à faire temps de penser à demain. On bâtit, sans se rendre compte que vivre est un miracle quotidien. On se croit sans minute, sans destin. On perpétue, on sécurise, dans la pierre, dans nos mains. En été, nous sommes des grands, des parents, des vauriens. Le printemps encore là étouffe et s’endort au bénéfice d’un été sans fin. Et doucement, dans le rythme répété des jours chauds, des sources vives, apparait discrètement le premier déclin.

En automne, la nature s’abandonne. La lumière rare, belle, nostalgique, n’est plus qu’une ombre de ce que furent les jours que le soleil inonde.

Les feuilles perdent de leur superbe. On les regarde se flétrir. La nature si belle semble s’endormir. On se secoue, on tonne et on crie. On résonne, on révolutionne. Le printemps a désormais un prix. On se cache le visage, on devient grand-père. Nous si jeune naguère, on se voit ancêtre. La vie continue sans nous, et déjà, pour d’autres, le printemps généreux nous rend jaloux. Sentir la jeunesse, regoûter à l’éternité. On cherche à revivre les plus beaux de nos regrets. 

En hiver, la nature se meurt. Elle ressemble à un monde sans coeur. On sent à nouveau le froid, la fin et l’oubli. Notre corps nous enferme, mais pas notre esprit.

Et revient le voile de blanc qui couvre le monde. L’hiver s’installe sur nos visages, sur nos mains, dans nos yeux. Le corps perd ses muscles, sa force et ses cheveux. Il n’en aura plus besoin. On repense à la terre d’où on vient. On sait de quoi elle est faite. Notre corps n’était qu’un emprunt, une danse, une dette. Il est temps de rendre au temps ce qui lui appartient, des pieds à la tête. Rendre l’âme à qui elle appartient, s’éteindre le coeur en fête. On a été un matin, on sera une silhouette dans la nuit, dans le vent et dans la terre, et notre année nourrira celle qui vient, comme nous fument nourris de celles de naguère. 

Il y eut un printemps et un hiver. Et notre vent a un instant caressé la terre. Nous avons gouté, dansé, aimé et rit. Il ne reste à présent qu’à laisser l’hiver entrer dans notre être, comme un soleil dans son enfer polaire, et rendre au monde ce qu’il nous a prêté un instant à peine, pour qu’un autre printemps puisse à nouveau germer, palpitant de la même veine, celle des beaux jours d’été, celle de la vie qui fait naitre.

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