L’intuition, phénomène observable

« On pourrait décrire par toutes sortes de paramètres ce qu’est l’expérience devant la couleur rouge. Mais rien ne vaut l’expérience de ce qu’est la couleur rouge. Donc, le phénomène de conscience, sa définition première, sa qualité première, c’est d’être soi-même l’expérience de la conscience. » Matthieu Ricard, moine bouddhiste.

Parler d’intuition en psychologie, c’est parler de lévitation en physique. Le phénomène n’est pas nouveau et a toujours été lié à l’Homme. Il n’a pas pour autant été lié à la psychologie… Imaginez tout de même que cela fait 150 ans au moins que l’on essaie de découvrir le fonctionnement de l’homme en tant qu’animal socialisé, produit culturel d’une société adaptée, et l’intuition démontrerait qu’il pourrait prédire l’avenir?

Carl Gustave Jung, fondateur de la psychologie analytique, s’est interrogé sur le phénomène et l’a définit comme étant une des quatre fonctions psychiques mises en jeu pour reconnaître le monde extérieur qui sont la sensation (constate ce qui existe autour de nous, elle est perception pure. On l’appelle aussi «fonction du réel »), la pensée (nous indique ce que signifie la chose perçue), le sentiment (nous transmet la valeur que cette chose a pour nous. Il établit le rapport entre le sujet et l’objet, il admet ou refuse.) et enfin l’intuition (vise les possibilités que cachent une chose, un être ou une situation. C’est la fonction de compréhension spontanée, non réfléchie, venue par la voie de l’inconscient. Elle apporte des informations complémentaires, inaccessibles à nos 5 sens.).

Roberto Assagioli, neuropsychiatre italien et fondateur de la psychosynthèse, quant à lui, a inventé le concept de « supraconscient », zone supérieure de notre inconscient d’où sont envoyé intuitions et grandes inspirations artistiques, philosophiques ou scientifiques. Et pour finir, Stanislav Grof, psychiatre américain et fondateur de la psychologie transpersonnelle, a établit une cartographie de la psyché dans laquelle sont classés tous les états modifiés de la conscience, dont l’intuition, qui peut prendre différentes formes : créativité, inspiration, illumination, révélation…

La psychologie est une science des phénomènes observables. Il est clair que disséquer un cerveau humain n’apporte rien à un psychologue car son intérêt se situe plutôt dans l’utilisation qu’on en fait. Donc, les neurosciences, as de l’électrode, ont lancé des recherches dans le domaine afin de démontrer l’existence du phénomène de manière irréfutable. Voici ce qui a été fait :

C’est à Damasio et Bechara, Neurologues français, que nous devons une expérience bien étonnante. En 1998, dans le cadre d’une recherche sur « les réactions du système nerveux lors des décisions à risque», au collège de médecine de l’université de l’Iowa, USA, 16 personnes étaient face à 4 jeux de cartes retournés. Chacun recevait une mise de départ de 2000$. Les jeux comportaient tous des cartes gagnantes et des cartes perdantes. Lorsqu’un participant en tirait une gagnante, son système nerveux réagissait normalement. A l’inverse, il s’affolait et réagissait en envoyant un « signal d’alarme » quand le joueur était sur le point d’en retourner une mauvaise…. On se retrouve ainsi face au phénomène clairement démontré que Descartes désignait comme étant la raison même, purement intellectuelle et métaphysique. Elle est la connaissance qui découvre les évidences, les idées claires et distinctes, dont le cogito fournit le modèle. « Il n’y a pas d’autres voies qui s’offrent aux hommes, pour arriver à une connaissance certaine de la vérité, que l’intuition évidente et la déduction nécessaire » (XII° règle).

Les deux neurologues, quant à eux,  ont conclu que « ce mécanisme inconscient dirige le comportement et qu’il doit être ajouté à ceux reconnus comme nécessaire au raisonnement rationnel… ». Depuis, de nombreuses recherches se sont lancées de toute part afin de cadrer ce phénomène. Dick Bierman, directeur du département de psychologie de l’université d’Amsterdam, en arrive à cette conclusion : « Nos expériences démontrent que notre esprit est capable d’anticiper, de faire un petit saut dans le futur, pour nous prévenir d’un danger ».

Nous sommes donc aux portes d’un phénomène qui dépasse la logique psychologique, qui va au-delà de notre imaginaire. Des théories nouvelles apparaissent, comme celle de conscience collective, réservoir global de toute pensée humaine, mais ne pouvons-nous pas revenir aussi à Henri Bergson, cet ennemi irrationnel, comme le définissait Freud, qui n’a pas craint  d’évoquer une sorte de perception extra-sensorielle en flirt avec la parapsychologie : « la sympathie et l’antipathie irréfléchies, qui sont si souvent divinatrices, témoignent d’une interpénétration possible des consciences humaines ». Le tout étant qu’une question est encore sur toutes les lèvres… comment ?

David Gos

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