Le cinéma est-il dangereux ?

C’est sans doute un des sujets les plus polémique de notre début de siècle concernant le cinéma. Comme vous le savez sûrement, à chaque film qui sort sur grand écran parlant de mort, de crime, de viol ou autres violences, une vague, plus ou moins grande de crime balaye la planète. Le film ébranle t’il l’équilibre fragile de spectateurs borderlines ou crée t’il l’envie du crime ?

L’exemple le plus marquant de ces dernières années est sûrement la trilogie Scream de Wes Craven. Au-delà du merveilleux film d’épouvante qui fut récompensé à sa juste valeur, c’est surtout le mode d’emploi qu’il offre qui fit parler de lui. On connaissait déjà les accidents répétés des bricoleurs en herbe fan de Mac Gyver qui se sont arraché des membres entiers en bricolant des bombes artisanales selon les méthode de l’ancien boy scout, mais dans ce cas-ci, nous sommes confronté non à la bêtise humaine mais au goût du meurtre. Pour ne citer que deux exemples issus en direct de l’impact du film, c’est à Philadelphie qu’une vague de poignardage durant les séances de Scream 2 (Rappelons que la première scène du film est justement un poignardage dans un cinéma) qui a tué une jeune fille de 16 ans et gravement blessé son amie de 14 ans, notamment, assises toutes deux au premier rang, a fini par obliger la police à être présente à chaque projection du film. Le délire peut aller plus loin et c’est en juin 1999 qu’ont comparu deux jeunes de Los Angeles (15 ans et 17 ans) pour avoir simplement poignardé de 43 coups de couteau et tournevis la mère du plus grand. Lors du procès, les deux adolescents ont clairement accusé le film Scream, dont ils étaient fan au point de le regarder plusieurs fois dans la même journée. La cours de justice n’est pas entré dans le débat et a condamné le plus jeune a la prison à vie, et l’autre est désormais dans le cauchemar de la ligne verte, condamné au gazage. Les exemples sont nombreux face à ce film. A Tokyo, 3 meurtres à l’avant-première. Un serial Killer américain non retrouvé depuis, opérant par les méthodes de Scream en 1997. En France, avril 2000, un jeune fan de 16 ans tente de tuer son père et sa belle-mère à l’arme blanche. A Nantes, c’est un jeune de 17 ans qui tue une camarade de classe au couteau « pour voir ce que ça fait »… Peut-on condamner le film pour incitation au meurtre ? Difficile à dire.

Un colloque parlant de la violence au travers du thème « le cinéma rend-il méchant ? » ( Festival international du film fantastique de Bruxelles) ouvre le débat par l’éducation. « Nous ne sommes pas tous égaux, selon notre classe socioculturelle et notre éducation, face à l’image. D’où la nécessité d’éduquer aux médias à l’école, non seulement au niveau informatique, mais également apprendre à décoder les images, les journaux télévisés par exemple. » Précise Nicole Marechal, ministre belge de l’aide à la jeunesse et de la santé. Christian Bontinckx, psychologue-chercheur, donne ses résultats concernant l’influence des films de violences sur l’individu au travers de l’opinion sur la peine de mort : « Dans ceux qui font partie des classes les moins favorisées, qui ne lisent jamais la presse et qui regardent des séries violentes, on trouve 100% de gens favorables à la peine de mort. Ce n’est donc pas tant le contenu du spectacle qui pourrait être sujet du débat sur l’influence exercée, mais plutôt la personnalité de celui qui regarde, son niveau socioculturel, son niveau d’information et le lieu ou le média qu’il utilise pour visionner le film. ». Serge Tisseron, Psychanalyste et psychiatre réputé, offre un regard plus mécaniste sur le sujet en précisant que les images ne sont pas suffisantes pour créer le désir. Elles peuvent fournir un modèle pour ceux qui en cherchent. De plus, Les images qui bouleversent sont celles qui révèlent des traumatismes personnels. Yves Lecarme, Juge de la jeunesse, conclura le débat en expliquant que, selon lui, Si le cinéma influence, c’est au niveau des procédures pour passer à l’acte et non au niveau du désir de passer à l’acte. Apparemment, tous s’accordent sur le fait que le cinéma ne crée pas le traumatisme ni même donne l’envie. Si les images font échos en nous, c’est surtout qu’elles arrivent à poser un sens sur une émotion que l’on ressent. De là, la suite du film donne le mode d’emploi pour assouvir cette pulsion enfin comprise. L’identification ne se fait pas au niveau du personnage, mais plus au niveau de la pulsion meurtrière du personnage. En exemple, un film d’Oliver Stone, Natural Born Killer (Tueurs-nés) qui fit à sa sortie en 1994 une vague meurtrière de par le monde a influencé à Paris un jeune couple, Florence Rey et Audry Maupin, qui ont tué en l’espace d’une nuit, 5 personnes dont 3 policiers, avec la même liberté que les héros Mickey et Mallaury Nox, eux-même basés sur un véritable couple de tueurs, Charles Starkweather et Caril Fugate, qui sévirent aux Etats-Unis en 1958, responsables de 11 meurtres dans 5 états des Etats-Unis. Ah…S’il n’y avait eu que ça… Sarah Edmondson et Ben Darras, défoncés au LSD, avaient été pris de folie meurtrière après avoir regardé la vidéo de Tueurs-nés. Le 7 mars 1995, Darras avait tué un homme dans le Mississippi. Le lendemain, il attendait dans la voiture pendant que sa petite amie braquait une station-service de Louisiane. Edmondson, fille d’un juge de l’Oklahoma, avait tiré sur Patsy Ann Byers, la caissière, la laissant paralysée à vie. La famille de Patsy Ann Byers, qui est depuis morte d’un cancer, portera plainte contre les auteurs et distributeurs du film. Cependant, malgrés les accusations à l’encontre d’Oliver Stone à la suite de tous ces crimes, Celui-ci fut définitivement disculpé après 5 ans de procédures, le 12 mars 2001, par la cours de Louisiane…

Dieu merci, tous les films ne parlent pas de mort, et pour l’exemple de Fight Club, un rapport américain de police assure la création de clubs de combats aux quatres coins du pays, mais, d’apparence, ils n’ont repris de ce film que le « tape-moi-dessus-ça-me-calme ». Gus Van Zant, nouveau réalisateur à qui ont doit le merveilleux « Elephant », opte quant à lui à la dénonciation passive de cette violence qui envahit les lycées et mets, au travers de certains personnages, ces influence en évidence. Une sonnette d’alarme retentit, mais la recrudescence  au cinéma de violences aromatisées de psychopathes criminels n’a pas l’air de s’apaiser pour autant. Peut-on protéger le spectateur de lui-même en lui interdisant l’accès à ces films ? Le doit-on ?

 

Témoignages :

«  Pour en revenir au sujet de ces faits divers, je pense que tous ces gens qui disent avoir été influencés par le cinéma ont derrière eux des avocats ayant un minimum de jugeote, en tout cas plus que les membres de Famille de France. Si j’étais avocat et que je devais défendre un client ayant poignardé une copine de classe (pour prendre l’exemple à Nantes), je lui conseillerais de suite d’invoquer l’influence du cinéma sur lui. Ainsi, rapidement, ce ne serait plus le jugement du criminel, mais celui du cinéma. Le juge John J. Cheroske aux USA a d’ailleurs tout de suite voulu éviter cela en rejetant dès le début les affirmations des criminels de Los Angeles à 1999  à propos de Scream. » Thomas Groff

 

« Concernant le fait que les criminels s’habillent parfois avec le costume de Scream ou les vêtements de Matrix, je pense que c’est simplement car ils veulent commettre leur crime « en beauté ». Ces gens là doivent déjà avoir des envies de meurtres sans voir Scream etc…par contre, en voyant le film, ils peuvent trouver ça « joliment fait » et vouloir commettre leur crime de la même manière. Mais sans le film, je pense que le crime aurait tout de même été commis. » Estelle Bernard

 

 

 

 

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