La mort

Entre les débats sur l’euthanasie, les recherches sur les Near Death Experiment ( NDE : expérience d’après-mort) et les avis de chacun, une chose reste, la peur. Peur de la mort ? Woody Allen exprimait ça ainsi « ce n’est pas que j’ai peur de la mort, mais je ne voudrais pas être là quand ça m’arrivera ».

Pour beaucoup, c’est la souffrance suffisante pour tuer le corps qui terrifie. La mort est ce grand inconnu où toutes les croyances du monde y ont vu des continents inexplorés et merveilleux. Culture de la mort en Amérique du Sud, abandon du corps en Inde, réincarnation chez les bouddhiste, esprit des anciens dans les croyances animistes, sans parler du Paradis que tout bon croyant espère. Chacun essaie d’y distinguer une suite. Pourquoi avoir tant avancé dans sa vie si c’est pour ne rien concrétiser ? Théorie du Néant, angoisse du vide absolu. Toutes ces pensées nous balayent et notre culture donne le ton. «  Je ne veux pas mourir avant d’avoir vécu » entends-on dans un bus dans le film K-Pax. Cette angoisse permanente face à une œuvre qu’on ne comprend pas est perturbante pour certain, acceptée pour d’autres, niées pour la plupart. Comment peut-on imaginer notre propre mort ? Je me vois, là, allongé sur l’asphalte, une balle dans le cœur, la respiration arrêtée et la, enfin, je me rends compte de ce que c’est… Et la suite, c’est plus tard qu’on la découvrira. Même si la mort est ce passage que toutes les croyances du monde expliquent comme un cycle qui s’achève, rien ne prouve concrètement qu’il y aura une suite. Quoique… Que ce soit les spirites du XIXème siècle qui, en tant que chercheurs, ont débroussaillé le paranormal aux travers d’études fines, apportant des preuves tangibles, notamment par Allan Kardec, fondateur du mouvement spirite ou les expériences plus récentes sur l’intuition, les témoignages d’après-mort, mais également les plus vieilles croyances du monde, celtiques, chamaniques, animistes qui se recoupent bizarrement autour de conceptions communes sur des cycles de réincarnation amenant à une évolution de l’âme au fil des vies, ces faits scientifiques, spirites, sociologiques ou psychologiques tendent non à démontrer l’existence d’une vérité commune mais la présence de questions en suspends. Se peut-il qu’un être doué de raison s’interrogeant régulièrement crée dans son évolution de façon purement biologique une aire particulière du cerveau réagissant spécifiquement à la sensation de foi ? A t’on trouvé Dieu ou seulement la preuve de son existence ?

Beaucoup de français méditent, moins croient, encore moins pratiquent mais tous sentent l’interrogation. Au delà de la mort se pose la question de l’acte de mort. Cyril Tarquinio, en sa qualité de victimologue, parle du « seul moment intime dans l’existence d’un être, dénué de culture, de savoir-faire ». Pourtant certains s’y préparent. Le Dalaï-Lama, dans sa conférence à Paris en octobre 2003, expliquait s’entraîner chaque matin, pendant ses 6 heures de méditations matinales quotidiennes, au passage de la mort afin de ne pas paniquer et pouvoir contrôler le lieu de sa prochaine réincarnation. Que penser de ces chamanes indiens qui, sortant en pleine forme de leur tipi, regardaient le ciel, souriaient et disaient « c’est un beau jour pour mourir » avant de s’en aller dans la montagne libérer leur âme quelques heures après de mort naturelle… Que peut-on contrôler dans cette mort ? Peut-on en choisir le moment ? La psychologie accompagne mais reste impuissante face à ces questions. Comment rassurer quelqu’un qui va mourir ? Comment apaiser quelqu’un qui a senti le froid d’un canon scié contre sa nuque en entendant le décompte mortel ? Chacun y a réfléchi, chacun croit, même les athées croient en ce rien qui reste quelque chose. Bernard Werber, dans son livre « les thanatonautes » raconte une histoire de cette interrogation aux travers d’explorateurs de la mort. Ce roman, parsemé de dizaines de détails culturels mondiaux est une compilation et un recoupement de dizaines de croyances de par le monde. Faut-il faire confiance aux croyances de nos ancêtres ? Faut-il croire les constatations froides de la science ? Faut-il croire ? Cette question est certes individuelle, même si elle est, d’une certaine manière, conditionnée par notre culture… Chaque seconde nous tire vers la mort, seule la dernière y parvient. Mais comme disait Anouith « Mourir, ce n’est rien. Commence donc déjà par vivre, c’est moins drôle et c’est plus long ». Je ne veux pas mourir sans avoir vécu !

David GOS

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