Le magicien d’Oz : au coeur d’une révolution

Le magicien d'Oz

Curieux objet qu’est ce petit livret de 48 pages. Quand on l’ouvre, on n’arrive pas à identifier le style. Des dessins magnifiques représentant des héros, des paysages, des scènes de l’histoire. Alors c’est une bande dessinée ? Non…


On retrouve l’histoire écrite du magicien d’Oz, les aventures formidables de notre chère Dorothy accompagnée de ses amis, le lion peureux, l’épouvantail sans cerveau ou encore le bûcheron sans cœur. C’est un conte alors ? Non plus…
On trouve, parsemé deci delà des conseils donnés au conteur de l’histoire. Une histoire à lire ? Toujours pas. Et puis, on y trouve aussi des règles, simples, de résolution d’action, des fiches de personnages, des dés. Ca y est ! Un jeu de rôles ! Ben pas vraiment non plus…

 

 

Bon ! C’est quoi alors ?!

…Un livre-jeu !
Ne cherchez pas dans vos dictionnaires, il s’agit d’une petite révolution, un objet nouveau qui peut faire beaucoup de bruits. 7ème Cercle ouvre une nouvelle gamme de jeux à destination des enfants, proposant un harmonieux mariage entre le conte et le jeu de rôles. Ce livre invite les enfants à devenir acteurs de l’histoire qu’on leur raconte. Deuxième volet de la gamme « Aventures Merveilleuses », cette histoire suit de près la recette réussie de son prédécesseur, « Les contes ensorcelés » qui proposait déjà aux enfants d’interpréter des petits sorciers dans un univers appelé le « Pièce-monde ». On retrouve tout l’esprit de ces nouveaux jeux dans le slogan de la collection jeunesse chez 7ème cercle : Des jeux à lire, des livres à jouer, des aventures à partager !

Quittant les sentiers qu’il avait lui-même tracés, 7ème Cercle, spécialisé dans le jeu de rôles depuis fort longtemps, décide de distribuer sa nouvelle gamme dans les magasins spécialisés, mais également dans les « moyennes distributions ». Ainsi, la Fnac, Virgin ou d’autres magasins du même acabit proposeront très bientôt ce jeu à un plus large public. Comme vous l’avez compris, ce jeu ne s’adresse absolument pas qu’aux joueurs confirmés de jeu de rôles, mais bien au contraire, il invite les joueurs occasionnels, qui peuvent ne rien connaître de cet exceptionnel jeu , à endosser le rôle de « conteur » en suivant simplement les petits conseils du livre. « Après avoir travaillé principalement à destination d’un public adulte et adolescent déjà amateur de jeux spécialisés, nous avions envie de proposer des livres pour la jeunesse, en y ajoutant notre expérience du jeu et du développement d’univers. » explique Julien Blondel, auteur du livre-jeu et directeur de la collection jeunesse chez 7ème Cercle.

Révolution, oui ! Voila peut-être l’occasion que, depuis bien longtemps, espérait le monde du jeu de rôles de se représenter sans a priori au grand public ! L’auteur, cependant, pose rapidement les nuances. Non, ce n’est pas exactement du jeu de rôles. La notion de conte est très importante ici et la cible familiale a nécessité des aménagements tant dans les explications que dans le vocabulaire. Ainsi, ne cherchez pas les mots PNJ, Master, Background, ou autres appartenant au milieu du jeu de rôles, mais trouvez à la place un petit vocabulaire lié au conteur, comme les  » personnages du conteur « ,  » la table des difficultés « ,  » les personnages « . Les caractéristiques du jeu de rôles classique, si complexes à calculer, deviennent la trilogie  » Le corps « ,  » le cœur « ,  » les méninges « . Tout est simplifié harmonieusement pour donner un système très cohérent et facile à prendre en main. « Ces livres-jeux sont conçus pour convenir aux joueurs confirmés autant qu’aux joueurs occasionnels, avec des règles simples – mais des règles tout de même – et beaucoup de conseils pour guider ceux qui s’essayent à leur première partie. », ajoute, Julien, estimant à juste titre son pari réussi.

Ce livre-jeu, plus simple d’accès que son prédécesseur, invite les enfants à jouer l’histoire du Magicien d’Oz dès l’age de 6 ans. Le défi est lancé ! Pour tout vous dire, c’est ce qui m’a interpellé. 6 ans… N’est-ce pas trop jeune ? Aussi n’ai-je pas hésité à contacter Julien Blondel et à le questionner sur le sujet. Cet immense auteur français de jeux de rôles (Prophecy, Vermine, Métabarons, INS, Polaris, Unknown Armies, et j’en passe beaucoup) a accepté, en toute simplicité, de répondre à mon interview. Voici ce qu’il m’a dit…

Bonjour Julien ! Je viens de finir la lecture du Magicien d’Oz et je suis ravi que tu aies accepté de répondre à mes quelques interrogations pour Petit Peuple ! Dis-moi, déjà, tu as eu l’occasion de faire tester ce livre-jeu à des enfants. Quels en sont les retours ?

Les premiers retours sont très encourageants ! La plupart des adultes qui ont eu l’occasion de tester le jeu, que ce soit avec leurs enfants ou dans le cadre d’animations ou d’activités scolaires, s’accordent à trouver le jeu pédagogique, récréatif, amusant et parfaitement adapté à l’âge des jeunes joueurs, ce qui constituait notre principale appréhension. Lorsqu’on s’adresse aux enfants, les principales difficultés sont les barrières de la lecture, de la parole, de l’identification et de la compréhension des mécanismes et des enjeux. De ce point de vue, les « Contes Ensorcelés » et « Le Magicien d’Oz » sont vraiment de francs succès : pour peu qu’un adulte joue le rôle du conteur, les enfants, dès 6 ou 8 ans, sont parfaitement à l’aise avec ce type de jeu mêlant le conte et l’imaginaire.

Tu veux dire qu’ils arrivent sans problème à jouer leur personnage ?

Eh bien, comme je l’ai lu récemment dans la critique publiée dans le Casus Belli n°37, les enfants sont naturellement à l’aise avec le jeu de rôles et toutes les activités liées à l’imaginaire. Ils s’attachent et ils s’identifient très facilement aux personnages du conte. Ils comprennent instinctivement le principe d’action et de conséquence propre au jeu de rôles : si je fais ça, il se passe ça.
Par contre, les plus jeunes sont souvent plus réfractaires à une certaine forme de réalisme et de logique. Ils s’attendent à pouvoir faire tout ce qu’ils ont envie de faire, et sont souvent surpris de voir que le monde autour de leur personnage est soumis à des règles. De ce point de vue, je pense que le Magicien d’Oz est un excellent outil pédagogique, tant le jeu que le conte en lui-même d’ailleurs. Il permet aux adultes conteurs, de confronter les enfants à une réalité qui devient beaucoup plus facile à admettre lorsqu’elle est transposée dans un conte.

Pour beaucoup de gens, 6 ans est un âge très jeune pour ces jeux d’imaginaire. Comment as-tu estimé l’âge des plus jeunes joueurs ?

C’est effectivement très jeune, mais dans la pratique, ce sont bien évidemment les parents et les adultes qui font le choix de proposer le jeu à des enfants de 6, 8 ou 10 ans, selon le degré de maturité de l’enfant, son rapport à la lecture, son envie, sa timidité, etc. L’âge de 8 ans semble idéal, mais dans un environnement familial ou éducatif, avec une lecture guidée et une approche pédagogique comme le conseille le livre, je pense qu’il est possible de jouer avec beaucoup d’enfants plus jeunes.

C’est vrai que j’ai lu des témoignages de parents qui ont testé le jeu avec leur enfant de 3 ans ! Mais la rédaction d’un tel jeu doit être délicate, comment l’avez-vous réalisée ?

Le format du Magicien d’Oz s’appuie sur l’expérience acquise par les nombreuses séances de tests et de démonstrations réalisés avec les « Contes ensorcelés », qui a été testé auprès d’enfants en jeune âge et écrit par Antoine Bauza, lui-même enseignant. Nous avons apporté un soin tout particulier au choix du vocabulaire, des situations mises en scène, de l’ambiance du jeu et, dans le cas du Magicien d’Oz, du choix du conte et de l’univers.
Quant à l’approche même du jeu, nous faisons surtout confiance aux parents et aux adultes qui vont eux-mêmes proposer ce jeu à leurs enfants, car ils sont les seuls à vraiment mesurer la capacité de leurs enfants ou élèves à apprécier ce type de jeu.

Parlons plus de l’histoire en elle-même. Qu’est-ce qui vous a fait choisir ce conte de Franck Baum pour les « Aventures Merveilleuses » ?

La collection s’adressant autant aux enfants qu’aux parents, il est important que les univers que nous choisissons d’adapter ou de créer répondent à un certain nombre de critères, tels que l’absence de violence, un univers enchanteur, une ambiance particulière, des personnages et des moteurs d’aventures forts et originaux, etc. Tous ces critères, le Magicien d’Oz les remplit à merveille, et l’histoire étant très connue du grand public, l’explication du jeu et la présentation de l’univers s’en trouvent facilitées, avec un côté rassurant et une approche plus facile.
Plus encore que le roman de Baum, c’est la récente adaptation en bande dessinée qui nous a séduits. Nous aurions pu proposer une adaptation du roman, mais nous avons préféré travailler avec l’éditeur et les auteurs de la bande dessinée, David Chauvel et Enrique Fernandez, pour mettre en avant le graphisme attachant et le côté très accessible de la bande dessinée.
Beaucoup d’entre nous connaissent l’histoire du Magicien d’Oz, mais tout le monde n’a pas lu le roman, et je pense que la bande dessinée constitue un excellent moyen de découvrir les personnages et l’univers. Pour moi, la bande dessinée est déjà à mi-chemin entre le roman et le jeu, qui en reprend le graphisme et les couleurs. Lorsqu’on voit la qualité graphique et la fidélité de l’adaptation de la bande dessinée, le choix n’a pas été long et la réaction des auteurs et de l’éditeur a tout de suite été très enthousiaste. Il faut dire que nous avions déjà d’excellents rapports, je travaille avec David Chauvel et les éditions Delcourt sur plusieurs séries de bandes dessinées, et nous sommes en confiance.

Un peu comme une suite logique de la rencontre de vos deux univers, en somme. Penses-tu que lire le livre-jeu suffira à jouer ou faut-il également avoir lu le livre ?

Lire le livre est bien sûr l’idéal, mais le jeu est conçu pour qu’on puisse jouer l’aventure sans connaître l’histoire originale sur le bout des doigts. Le format du livre-jeu ne permettant pas de trop s’étendre sur la description du monde et de ses habitants, certains conteurs regretteront peut-être de ne pas y trouver plus de détails sur les Munchkins, les sorcières et les us et coutumes du Pays d’Oz par exemple, mais entre le roman, les adaptations cinématographiques et la série de bandes dessinées, les moyens ne manquent pas d’en apprendre davantage sur le Pays d’Oz.
Je pense d’ailleurs que là encore, la bande dessinée peut être un excellent moyen de découvrir ce grand classique de la littérature, spécialement pour les plus jeunes.

Il y a aussi cette belle morale sur la confiance en soi. Cela a-t-il joué dans votre choix ?

C’est effectivement l’une des grandes forces du conte, et nous pensons vraiment que les joueurs – tout comme les lecteurs – seront sensibles à ce moteur de fond. Mais si nous avons choisi le Magicien d’Oz, c’est avant tout pour ses personnages, son histoire et les particularités de son univers, qui nous semblaient capables de servir de contexte à un jeu grand public.

Est-ce que les personnages (une fillette, un lion, un épouvantail, un robot,…) ne sont pas trop loin de la réalité des enfants pour qu’ils puissent vraiment y jouer ?

Loin de la réalité, peut-être, mais très proche de l’imaginaire des enfants !
Un enfant transporté dans un monde imaginaire, un roi de la jungle courageux sans le savoir, un drôle de Pinocchio et un bonhomme en fer blanc incapable d’éprouver des émotions : les personnages du Magicien d’Oz sont au contraire très emblématiques des grands contes et des dessins animés auxquels les enfants sont réceptifs.

Les enfants s’identifieraient-ils alors facilement à ces personnages étranges et à leurs si grands défauts ?

En fait, je ne pense pas que les enfants s’identifient aux personnages : ils s’y attachent, comme ils le font au cinéma ou devant un dessin animé. Ils se sentent proches d’eux, au sens où le caractère et les motivations des personnages leur parlent, mais je ne pense pas qu’ils se prennent pour eux au sens propre du terme. Les enfants veulent les imaginer, les entendre parler et surtout, ils veulent savoir la suite ! Le moteur des contes et de ces livres-jeux, c’est avant tout l’attachement.

Je comprends. Maintenant que le magicien d’Oz est lancé, vous le laissez voguer, ou vous avez encore prévu quelques petites choses pour lui ?

Enormément de choses ! Nous travaillons main dans la main avec Delcourt et les auteurs pour promouvoir à la fois le jeu et la bande dessinée. Nous préparons notamment des animations conte, sur plusieurs grands salons de bande dessinée, afin de proposer aux amateurs de la série de découvrir l’univers en jouant, lors du prochain festival d’Angoulême, du festival Delcourt à Bercy, ou du salon du livre jeunesse de Montreuil par exemple. D’autres animations sont également en préparation avec des collèges, des bibliothèques, des ludothèques et d’autres acteurs du monde pédagogique, très intéressés par le potentiel d’apprentissage « par le conte » du livre-jeu Magicien d’Oz.

Wow ! J’imagine que vous n’allez pas vous arrêter en si bon chemin !

Et comment ! Les collections jeunesse regroupent trois formats de jeux et de livres-jeux, destinés principalement aux enfants et aux adolescents de 6 à 15 ans. Le format des « Aventures merveilleuses » se prête surtout à des jeux familiaux et pédagogiques, basés sur des univers classiques, féeriques. Trois nouveaux livres sont prévus cette année, à commencer par la réédition tout en couleur des « Contes ensorcelés », qui sera suivie d’un supplément décrivant deux nouveaux archipels et deux contes prêts à jouer. Suivra l’adaptation de Gargouilles, une série de bandes dessinées jeunesse, des Humanoïdes Associés, dont le quatrième tome paraîtra en septembre en même temps que sa version livre-jeu.
Dans un autre format, les « Aventures extraordinaires » proposeront un mélange de jeu de plateau et de livre-jeu, avec des cartes de personnages, des pions, des dés et un livre d’aventure. Cette gamme sera lancée dès le mois de mai par la sortie deNoodles!, adaptation d’une série de bandes dessinées à paraître en mai chez Soleil. Enfin, nous préparons le lancement d’une collection inspirée des « livres dont vous êtes le héros » : des livres de poche à jouer seul ou à deux, dans des univers plus dynamiques, destinés principalement aux adolescents. Deux grands noms de la bande dessinée sont actuellement en négociation pour un lancement de la collection en septembre, en partenariat avec Soleil et les éditions Delcourt.

Tant de jeux pour les enfants doivent nécessiter beaucoup de rigueur. J’imagine que beaucoup de parents nous lisant aimeraient éviter de confronter leurs enfants aux violences ou aux monstres traumatisants. Visiblement, « Le Magicien d’Oz » y répond bien.

Lorsqu’on s’adresse aux enfants, je pense qu’il faut être extrêmement vigilant sur les ambiances, les situations et les motivations auxquelles on les confronte. C’est une responsabilité que nous prenons très à coeur, et d’un point de vue purement personnel, je suis heureux de proposer autre chose que des histoires basées sur le combat, la vengeance et la violence gratuite.

Bravo en tout cas pour cette nouvelle gamme très prometteuse et merci encore d’avoir pris le temps (que je sais si précieux pour toi) de nous répondre ! Bon vent, Julien, à toi et à cette nouvelle gamme qui en surprendra plus d’un !

Merci de me donner votre appréciation
[Total: 0 moyenne : 0]
Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Your email address will not be published.