Fantasy S.A. : Monstres et Marketing

Je suis le représentant officiel de Wazir l’apothicaire, Monsieur, et je vous demande instamment d’enlever de suite son écusson publicitaire de votre armure ! Ne tentez même pas la contestation, vous savez très bien que j’ai réussi à décrocher ce sponsor grâce à la découverte du scepte de contrôle des écureils mort-vivant le mois dernier. Je m’en souviens bien car j’ai dû déjouer des pièges d’autres chevaliers pour parvenir à mes fins.

Comment ? Oui, c’est bien possible, et alors ? Non, Monsieur, rien nem’interdisait de pousser le chevalier Elron dans le faussé pour m’emparer alors de son sceptre. Monsieur, le marketing, c’est la guerre !
Et nous pouvons aller loin pour la renommée, soyez-en certain ! Il n’y a de place que pour les champions ici, voyez vous.
Mais… où est-il ? Oh, il m’a volé mon cheval pendant que je monologuais et se dirige vers la grotte du Dragon qui m’intéressait ! Attention à toi, tétard, si je t’attrape, je vais t’apprendre l’art et la manière de faire des chevaliers modernes !

 

Leçon n°1 : Tout pour la gloire et les sponsors.
Tu n’as pas été facile à rattraper, mais c’est maintenant chose faite. Tu es à ma merci, et je vais me faire un plaisir de t’expliquer à ma manière les règles du jeu !
Tu vois, ici, c’est la libre concurrence des chevaliers. Oui, tu as raison d’agiter ainsi tes yeux fous en pouffant dans ton baillon, l’argent ne devrait rien être pour les chevaliers, mais comment veux-tu ignorer ces boutiques qui te donnent masses de sacs d’or pour que tu portes leur étendard dans tes quètes anciennenement non-lucratives… Les chevaliers sont des commerçants comme les autres, et le principe d’offre et de demande s’applique.
Comment ? Tu faisais cela pour l’honneur ? Oh, tu commences à me faire pitié, mon pauvre ami, et pour une fois, pauvre est bien adapté !

Tu le sais, en tant que chevalier, nous pouvons réaliser trois grands types de mission :
Des quêtes, qui vont de la chaussette du roi au précccieux anneau unique.
Des sauvetages, des petits enfants aux belles princesses.
Des combats, de tout type, du chevalier noir au monstre cthulhien… eh oui.

Chacunes de ces missions remportées t’offrent au choix de la renommée qui te fait monter la cote auprès des sponsors, ou de l’or qui te permettra d’acheter des équipements, autant de bonus pour tes futurs combats. Tu as déjà combattu ? Mais tu es vraiment vierge de toute part, petit être sans défense !

Leçon n°2 : Le combat est une affaire de probabilité
Bon, je t’explique : Pour métaphoriser le combat, je vais utiliser l’image des dés à 6 faces. Imaginons que ton ennemi a jeté deux dés à 6 faces, ce qui lui fait un score de 10, si on additionne les deux. Toi, tu as les deux dés en mains, et tu vas tacher de faire mieux que lui pour le battre. Oui, il y a peu de chances que tu y arrives, et c’est pour ça que tu ne pars pas sans rien au combat, et que tu as des équipements et des aides qui peuvent offrir des bonus à ton score. Pour les obtenir, tu auras simplement dépensé l’or des quètes précédentes. D’un autre côté, il n’est pas impossible que quelqu’un t’offre son soutien pour réussir une mission, mais il faut avouer que dans ce milieu, c’est plutôt l’inverse qui fait force de loi…

Leçon n°3 : la victoire est affaire de fourberies
Bon, cesses de m’interrompre, petite chose informe et ridicule ! La victoire n’est pas la même chose que le combat. Peut-être l’ignores-tu mais il n’y a pas d’honneur dans le commerce, et encore moins dans la libre concurrence ! Tu veux une victoire ? Alors, vas sur les champs de bataille des autres chevaliers, doubles tes concurrents, pousses-les à l’echec et voles leurs récompenses. Il te faut te rendre compte que seul les plus impitoyables sont susceptible de savourer ce jeu à sa juste valeur. Si tu n’en as pas les épaules, passes ton tour, car tu ne vas devenir qu’une source de revenus supplémentaire pour tes concurrents.

Leçon n°4 : Les alliances sont de courtes durées
QUOI !? Que je t »accompagne au combat ? Mais tu ne comprends donc pas dans quel milieu on vie ? Tu te crois dans un donjon avec tes amis niveau 1 ? Non, ici, les choses ne se passent pas ainsi. Personne n’a vraiment intérêt à t’aider, et comme tu n’as pas le droit d’échanger ton matériel avec d’autres chevaliers, seule ta parole pourra être mise en balance dans une alliance, mais rien ne t’oblige à la respecter, car la loi du marketing est fourbe, et l’honneur n’a plus sa place sur les champs de bataille. Ici, ce qui comptera, ce seront tes victoires. Pas de place à la subtilité, c’est à celui qui l’emporte, un point c’est tout.

 

Leçon n°5 : Ne demande pas d’aide, car on ne t’aidera pas
Qu’est-ce que tu risques ?! C’est ta question ? En fait, pas grand chose…
En cas d’échec dans une mission, tu peux perdre tes sponsors, ton matériel ou te retrouver à l’hôpital pour un court moment. Cela dépend des caractéristiques de la quête que tu avais entreprise. Certaines sont bien plus risquées que d’autres. Et puis, quand elles sont risquées, généralement, tes concurrents les rendent impossible.

Leçon n°6 : Le supersponsorisé sera respecté
Si tu veux entrer dans le metier, petit, il te faut connaître les challenges qui le composent. Tu as déjà vu les sponsors qui se proposent à toi, il y en a toujours trois présent quand c’est à toi de combattre. Ils sont tous demandeur d’un certain niveau de renommée, que tu obtiendras en résolvant une des trois missions accrochées au mur des sponsors. A chaque fois que tu partiras au combat, tu devras choisir une mission, et en cas de victoire, un sponsor, si c’est la renommée de la mission que tu as préféré à l’or.
Ainsi, parmi les chevaliers, le supersponsorisé devient légendaire, celui qui atteint le seuil mythique des 16 sponsors sur sa cuirasse gagne le respect des autres, même s’il est de courte durée.

Bon allez, arrète de pleurnicher et de supplier, je n’ai pas non plus envie d’avoir monologué pour rien, je ne vais donc pas te tuer… Ne me remercies pas, car je ne serai pas toujours si clément. Au revoir, jeune et fougueux chevalier. Je suis sûr que cette conversation aura fait de toi un très grand et valeureux .. Mais… il se rebarre avec mon recheval !!

Mon avis
Cassez tout de suite vos espoirs d’une affiliation mécanique avec Munchkin. Ce jeu n’est pas fait pour la négociation, la diplomatie ou la manipulation, c’est un fantastique jeu de pourri, au sens cruel du terme. Les aficionados de Munchkin sont perdu tant les cartes sont brutales, directes, et les appuis peu nombreux. Vos ennemis sont autour de la table et c’est à celui qui volera, détournera, fraudera, remplacera le mieux et le plus les autres joueurs qui empochera le plus de sponsors.
Doit-on y voir une critique du marketing actuel ? Bah, ca n’a rien d’actuel, c’est le principe du commerce depuis les vikings qui brulaient une fois sur deux leurs clients pour piller les produits à vendre au prochain village…
Un jeu de pourri bien senti, mais qui frustrera indéniablement les diplomates férrus d’alliances complexes et de tactiques discrètes. Par contre, les barbares vont prendre grand plaisir à poutrer du concurrent !

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