Can’t Stop ou le grand conflit d’intérêts

Un nouveau jeu d’Asmodée, c’est quelque chose de… relativement fréquent, et c’est heureux pour cette grande société d’édition française de joueurs passionnés qui nous comblent de petites perles régulièrement.

Un nouveau jeu de la collection des jeux en sac d’Asmodée, cela fait déjà plus de bruit. Le choix est drastique. Règles très simple, format de poche, soirée assurée et fun garanti. Les grands frères de cette gamme portent des noms prestigieux comme Jungle Speed ou Time’s Up.
Et le détail qui tue, l’auteur du jeu, le regretté Sid Sackson, a créé cette merveille en 1981 ! En temps normal, on ne réédite pas les jeux de cette époque. Les mécanismes mûrissent et changent au rythme des goûts des joueurs. Beaucoup de ces jeux semblent ainsi voués à l’oubli, alors pourquoi rééditer un jeu si ancien quand nous connaissons la prolificité des créateurs français ?
Simplement parce qu’il est génial.

Du moins, c’est ce que tous les médias disent. Bon, qu’à cela ne tienne, on vérifie ! La boîte du jeu est sur le thème des moines tibétains déjantés. Des petits bonzes qui escaladent une montagne avec des dés. Programme douteux à première vue. Enfin bon, quand on voit le totem de Jungle Speed, on sait qu’il ne faut pas s’arrêter à ça. Le plateau de jeu en tissu imprimé est très pratique ! 10 colonnes numérotées de 2 à 12 gravissent cette pyramide avec en son centre, le 7, la plus haute colonne. Trois petits bonzes en bois, sous forme de petite quille noire, semblent tenir la vedette. Et enfin, une série de petits pions de 4 couleurs annoncent sans le dire le nombre maximal de joueur. Un petit livret, traitant peu de la philosophie bouddhiste, accompagne le tout. Tout tient dans un sac jaune, le contrat est à demi rempli !

Mise en application des règles. 4 dés noirs permettent de créer à chaque lancé des combinaisons de deux dés (1, 5, 6, 3, permettent 6 et 9, 7 et 8 ou 11 et 4, simple addition). Lorsqu’on jette les premiers dés (premier tour de jeu), on place nos petits bonzes au pied des colonnes des chiffres qu’on choisit dans ces combinaisons (j’ai par exemple choisi 6 et 9). Un second jet de dés placera le troisième bonze (par exemple, le 5). Après ? C’est de la grimpette ! Je relance les dés (2, 3, 5, 4) et je choisis 5 et 9, ce qui fait que mes bonzes de ces colonnes grimpent d’un niveau chacun. Vous voyez, c’est bête comme choux ! Je relance (STOP) et je fais 6, 4, 5, 1. Je choisis donc 6 et 10, j’écarte le 10 puisque je peux au moins en faire avancer un des deux. Je reprends les dés (STOP), vous voyez, c’est simple, et je relance (STOP, je te dis !) et … euh… ben là… je sors 5, 5, 5, 5 et j’ai tout perdu… Snif… (Je te l’avais dis…)

Mais t’es qui à la fin pour crier sans cesse STOP dans mon crâne comme ça ?!

Ton intuition, voyons ! Tu t’attendais au gars du télégraphe ?

Mon intuition ? Mais qu’est-ce que tu fous dans ce jeu ! Tu vois pas que je bosse, moi ?

Tu m’excuses, mais c’est mon jeu aussi, quand même !

Ah ouais ? Vas-y, expliques !

Comment te dire… Tu lances les dés sans moi et tu ne grimperas jamais cette montagne ! Qui va te dire d’arrêter quand le vent tourne ? Qui va te conseiller de laisser ton tour et de placer tes campements sous tes bonzes ?

Mes campements ?

Et voila ! Encore un qui ne lit les règles qu’à moitié ! Quand tu sens que ça va mal tourner au prochain lancé, n’insiste pas. Prends trois pions de ta couleur et places-les là où tu t’arrêtes. Si tu peux réouvrir une de ces colonnes au prochain tour, tu récupères ton avance automatiquement !

Bon, mais c’est pas lassant quand même ? Au final, c’est plus une course, c’est juste de la chance, non ?

Ouais, mais ça, c’est compter sans lui…

Qui lui ?

Ben la témérité…

Qui ?

Salut !

Dites, vous êtes encore nombreux dans ma tête ?!

Calmos, ptite fiotte, tu sais pas à qui qu’tu causes, là ! Vu que t’es nouveau, je te donne une chance.

Une chance de quoi ?

Ben de sauver ta peau en changeant de ton.

Glups…

Comme tu vois, ce jeu est avant tout un affrontement entre nous deux. Lui, ce qui l’intéresse uniquement, c’est atteindre trois sommets avant tous les autres, ce qui lui donnerait la victoire. A chaque fois que tu gagnes, il te pousse à relancer, encore et encore.

Comme au casino ?

Ouais, c’est moi qui ai créé le concept, héhé ! mon slogan : « Ecoutes-moi et tu seras riche ! »

Bon, et toi, tu t’occupes surtout de me faire arrêter à temps ?

C’est normal, je pense à tes campements d’abord.

Mauviette !

Oh, ça va, monsieur la brute ! Tout le monde ne pense pas qu’à ces foutus dés non plus !

Ouais, mais tes adversaires, eux, ils savent ce qu’ils veulent ! Ils ne s’arrêteront pas, eux ! Et ils gagneront, eux !

Mais si, ils m’écouteront et s’arrêteront, sinon c’est le crash !

Pfff, j’en connais qui ont gagné sur un seul tour !

Menteur !

SILENCE !! Je ne m’entends même plus penser ! Bon, je résume. Quand revient mon tour de jeu, il me suffit de … mais, qu’est-ce que je fiche avec ces dés en main, moi ! (jettes-les !) (Choisis tes campements !) (Tentes toujours plus haut !) (Penses à t’arrêter !!) (Ne l’écoute pas !) ( Ne l’écoute pas !!)

AAARGH ! Mais allez-vous vous taire, à la fin ! Qu’est-ce que je dois faire pour que vous me fichiez la paix, vous deux !

Ranges ce jeu si tu ne supportes pas la pression des hautes altitudes…

Bon, je renonce, c’est trop dur. J’en peux plus, c’est trop de pression. Je rejette une dernière fois les dés et après j’arrète.
C’est la dernière, promis !

2 Comments, RSS

  1. sebporcel juillet 31, 2012 @ 2:08

    ça se voit que j’étais pas encore en poste pour ce texte…!! 🙂
    Très sympa à te relire en tout cas!!

    • David Gos juillet 31, 2012 @ 9:07

      Ah, mon ami correcteur ! J’ai honte que tu lises ces textes truffés de fautes ! Si un jour tu ne sais pas quoi faire, je te refiles avec plaisir encore une fois les codes de mon site ! Merci de tout ce que nous avons partagé ^^

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