Teranga

Je reviens d’un voyage au Sénégal. Quand mes amis me demandent ce que j’y ai vu, je ne sais jamais quoi répondre, tant ce pays m’a secoué. Est-ce ces baobab geants qui poussent au soleil brulant depuis des siècles ? Est-ce ce lac rose hallucinant dans lequel on cherche le sel ? Est-ce peut-être ces paysages arrides, cette faune étrange, l’architecture ou encore la cuisine locale qui m’a transformé a ce point ? Je ne crois pas…

J’ai parcouru, avec des amis, un périple de plus de 1000 km dans le pays, Dakar, St-Louis, Touba, Joal-Fadiouth, puis à nouveau Dakar. Du sud au Nord, du Nord au Sud, les paysages changent, se meuvent comme un serpent glisse au soleil. On y croise des singes, des zébus, des anes, des chevaux, des chiens, des chats, des cochons, rien de très étonnant, en somme. Ce qui m’a remué au plus profond de moi, c’est un mot qui cache une philosophie, une croyance humaine en l’humanité. Teranga. Pour eux, les Sénégalais qui m’ont accueillis, c’est « l’hospitalité, l’accueil et le partage ». A quoi bon posseder deux objets lorsque un te suffit et que ton voisin n’en a pas. Comme c’était loin de ce que je connaissais, comme la culture européenne est lourde à porter par moment. En application, ça change tout. En dehors des Saï-Saï, petits arnaqueurs qui jouent sur la pitié du touriste pour obtenir de l’argent ou des objets, que les Sénégalais en grande partie considèrent quasiment comme des voleurs, on trouve un désir de contact, un désir de partage au-delà de tout expression. La seule comparaison que je peux faire, c’est l’union qui nous animait tous ce fameux soir de coupe du monde 98. Un sénégalais vous croise. « Bonjour, ca va ? Vous venez de France ? » La graine de communication est posée. Rien de plus simple que de l’arroser avec des mots. Des mots pleins, libres, un partage, une curiosité réciproque, beaucoup de questions. Un grand désir d’information. Beaucoup de Sénégalais connaissent l’Histoire de l’Afrique sur le bout des doigts, tous connaissent l’histoire de leur plus grand président passé, Senghor, entre mystique et politique, cet homme qui a cru en son pays. Tous le remercient chaque jour. Mon regard a changé sur beaucoup de choses. Le racisme n’a pas de sens, une simple couleur de peau, un détail dans l’être que nous cotoyons, comment cela peut-il faire une différence ? Il y a là-bas aussi des racistes qui ne pardonnent pas le colonialisme, qui ne pardonnent pas l’arrogance des blancs, ces Toubabs si plein de suffisances qui commencent leur phrases par « moi, je… ». D’autres comprennent que les Toubabs ne savent pas comment réagir devant tant de générosité, tant d’attention. Ils croient qu’on les traite en roi, alors que c’est en invité qu’ils sont là. Si maladroit avec les mots, si honteux de leur richesse, si coupable de leur inhumanité, certains renient leur patries, s’abandonnent au Sénégal où ils trouvent enfin une famille, des amis. Beaucoup de toubabs sont restés, ne voulant pas renoncer à cette vie, certes moins facile, mais tellement plus vivantes.

Au sénégal, tout se partage, sauf les femmes mariées. Prends ce dont tu as besoin, puis donne le reste à ton frêre qui donnera à son tour à son fils, qui transmettra à sa tante, etc. On partage, on donne, on reçoit. Mais pas toujours de la même personne. Si je donne à l’un, et que c’est l’autre qui me donnera, mes comptes seront clairs. Et de toute façon, je mange tous les jours, et c’est ça le plus important.

J’ai choqué des gens pendant ce voyage, vexé des Sénégalais pour ne pas les avoir compris, mais ils ont pour la plupart pris le temps de m’expliquer leur vie, leur croyance, leur rêve, car le savoir se partage, la parole se donne et l’histoire s’apprend. Si je pouvais remercier chacun d’eux pour ce qu’ils m’ont apporté, je le ferai. Mais je préfère tenir parole aux promesses que j’ai faite à certains et dire au maximum des miens qu’ils ne sont pas fermé aux Toubabs, même si leur pauvreté les empèche d’ouvrir leur portes aux Européens trop charitables. Leurs artistes ne sont pas primitifs mais inspirés par l’âme, les contes et les légendes de l’Afrique au même titre que les notres sont inspirés par l’amour, le désespoir ou le contact. Non, ils ne sont pas si différents, le même sang coule dans nos veines. Ils n’abandonnent personnes, et très peu connaissent la faim et quand on éternue, ils disent « A nos souhaits… », je ne vois plus quoi ajouter.

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