Les mirabelles de Lorraine, le succulent en héritage

Peut-on parler de la Lorraine sans évoquer les mirabelles ? Ces petites prunes au goût si raffiné sont devenues l’un des emblème de la gastronomie de notre belle région. Son histoire, sa culture et sa consommation sont associés à la fête et aux coups de cœurs. De ses origines jusqu’à nos jours, ce fruit continue à faire rêver les cuisiniers qui lui offrent toujours de nouveaux mariages. L’année 2001 ne portera pas autant de fruits que les producteurs l’auraient souhaité mais ca n’est pas le plus important. Reste la fête, le soleil et les bonnes tartes que faisaient maman !

 

La mirabelle est le fruit de notre région : La Lorraine. La production est essentiellement concentrée en Meuse mais s’étends jusqu’au Luxembourg. Ailleurs en France ? Quasiment pas.  Mais ce n’est pas l’arbre fruitier qui a choisi nos régions, c’est l’Histoire ; Et plus précisément un homme. Le duc d’Anjou, Duc de Lorraine au XVème siècle sous le règne du roi René, qui a ramené de ses voyages en Moyen-Orient un prunier qui produisait des fruit à la saveur si raffinée qu’elles avaient charmé le palais du seigneur. Aussitôt, ses vergers se recouvrirent de la prune que l’on n’appelait pas encore mirabelle. Pour cela, il faudra attendre le XVIIème siècle où le nom Mirabella sera offert par les italiens à partir du mot « Myrobolano » qui veut dire « gland parfumé ». Deux variétés de mirabelle se partagent la région ; la mirabelle de Nancy et la mirabelle de Metz.  Celle de Nancy donne des fruits plus gros et un arbre plus broussailleux, c’est la variété la plus productive donc la plus cultivée. Quand a celle de Metz, elle est cultivée avant tout pour faire de l’eau-de-vie. Son fruit est plus petit mais plus fort en goût. Elle est également idéale pour les confitures. La culture s’est rapidement développé tant l’arbre s’est bien acclimaté. Il produit des racine-souches qui s’étendent entre 3 et 5 mètres autour du pied, ce qui lui confère une assise et une accessibilité aux éléments nutritifs dont il a besoin. C’est donc un arbre très robuste et très productif, et qui plus est, donne les prunes les plus exquises de toutes, toutes les qualités que l’on peut retrouver chez les lorrains.

 

PRODUCTION

 

Chaque année, près de quarante mille tonnes de mirabelles sont produites et vendues en Lorraine pour ce qui est des producteurs officiels. Mais un chiffre de cent trente mille tonnes représente la production totale de la lorraine. Car, à côté des vergers commerciaux existent, planté au hasard des champs, des mirabelliers qui offrent toujours la «petite reine de Lorraine » à des fermiers amateurs du fruit. Ainsi, la famille Albrique, de Oriocourt en Moselle, dont la ferme produit avant tout des céréales, garde un verger de mirabelliers pour sa consommation personnelle. «  On y récolte en moyenne chaque année trois à quatre tonnes de mirabelles pour une vingtaine d’arbres. Il arrive souvent que les branches craquent sous le poids des fruits. » raconte Thierry Albrique, le fermier, et producteur de mirabelles. Quant à l’entretien des arbres, c’est quasiment inexistant. « Juste laisser faire la nature, elle s’en sort mieux que nous » nous confie avec humour Jocelyne Albrique, la mère de famille. Un mirabellier peut produire ainsi pendant plus de soixante-dix ans sans demander le moindre effort exception faite de ramasser les fruits, mais la difficulté est présente. Pour les plus feignant, il existe un secoueur d’arbres avec un système de tapis roulant qui récupère et calibre les fruits d’or en fonction de leur taille et de leur poids. Pour les plus experts, rien ne vaut la cueillette a la main, afin de garder la pruine intacte ; Il s’agit de la petite couche de duvet blanc qui entoure toutes les prunes et que l’on prend trop souvent pour le résultat d’un traitement chimique. Détrompez-vous, c’est donc une preuve de qualité ! Dans la troisième solution, c’est la perche qui donne le rythme. La famille Albrique l’utilise ainsi : Une longue perche de trois mètres prolongée d’un crochet permet de secouer violemment les branches sans les casser pour autant. Les fruits tombent soit sur une bâche, soit directement sur le sol et sont ramassés aussitôt par les mains expertes des trois enfants de la maison, Céline, Thibaut et Pauline. Si les fruits s’abîment un peu en tombant, ils serviront aux confitures, s’ils le sont plus encore, ce sera pour la pulpe de mirabelle ou l’eau-de-vie. Si elles sont belles et intactes, ce sera enfin pour les délicieuses tartes sucrées. L’utilisation de ce fruit est multiple ; Confiture, conserve, alcool, tarte, sorbet, sirop, liqueur, pulpe, etc. Sans oublier la gastronomie régionale comme Le cochon aux mirabelles flambées ou encore le gigot mirabelle, etc. Dès leurs cueillettes, les fruits peuvent être mis en bocaux et conserves accompagnés soit de sucre, soit d’alcool et mis sous vide. Ainsi, ils peuvent garder leurs saveurs pendant deux bonnes années. Autre solution, la congélation, mais pensez à enlever les noyaux d’abord, le fruit n’en sortira que meilleur.

 

Mais cette année fut victime du froid, et la production s’en est ressentie. Le 14 avril, dans la nuit, une vague de gelée a balayé tout espoir d’avoir une bonne récolte 2001. Les habituelles cent trente milles tonnes se sont réduit à près de vingt milles tonnes à peine, augmentant ainsi le prix de la mirabelle du simple au double. Près de 30 francs du kilo. Excessif mais juste. Ne nous leurrons pas non plus, la vague de froid a atteint tous les pruniers, de la reine-claude à la quetsche d’Alsace, ce sera une année sans. Ces vagues de froid ne sont pas nouvelles et le phénomène devient inquiétant. En 1993, la récolte a été complètement détruite par la gelée, en 1995, c’était la grêle qui tua le fruit dans l’arbre et en 1999, la tristement célèbre tempête a détruit énormément de ces arbres fruitiers. La nature s’acharne et autant le mirabellier résiste admirablement au froid, autant son fruit reste fragile aux variations de température…. Cependant, les quelques fruits qui restent aujourd’hui sont les meilleurs des dix dernières années selon les experts. Plus fortes en goût, plus sucrées, plus grosses, celles qui ont survécus sont succulentes.

 

AVENIR DE LA MIRABELLE

 

Afin de mieux comprendre l’évolution de ce fruit dans les prochains temps, des centres d’expérimentation, mis en place par le conseil général, étudient justement les qualités et défauts de ces fruits. Laurent Boulanger, agronome et directeur du centre départemental d’experimentation fruitière de Laquenexy en Moselle, explique ses études actuelles : « Le mirabellier de lorraine à une assise trop fragile. Voilà pourquoi nous étudions des greffes sur pied de prunier. On adaptera ainsi les pieds en fonction des sols pour de meilleurs rendements. » Le fruit ne subit aucune altération du goût par ces greffes. Mais les expériences sont longues dans la mesure où dix ans sont nécessaires pour obtenir les premiers fruits après la plantation. Le centre recouvre plus de 150 hectares et cible essentiellement ses études sur les pommes avec plus de milles variétés plantées. « La mirabelle offre peu de variabilité et convient bien tel qu’elle est. Il y a très peu de recherche sur ce fruit en ce moment » ajoute-t’il «actuellement, la mirabelle n’est pas économiquement prioritaire. » Et c’est dommage, développer une variété qui résiste mieux au froid aurait été corriger le dernier défaut de cet arbre. Mais que les puristes se rassurent, il n’est pour le moment pas question de modification transgénique. « Je pense qu’il faut laisser faire le temps et ne pas aller vers les intérêts économiques. Utilisée intelligemment, cette science pourra s’avérer très utile, mais rien ne presse. » Commente Laurent Boulanger. « Aider l’arbre à s’implanter sur nos sols en cherchant par quel moyen naturel il sera le plus productif, voilà le but du centre. », conclut il, une certaine fierté se lisant dans le regard. Ainsi, tout compte pour cet arbre, son système de conduite, c’est-à-dire sa forme de croissance, ses besoins en minéraux, ses besoins en eaux, tout se calcule afin d’obtenir des résultats sans cesse meilleurs. Ce centre travaille avant tout pour les producteurs, mais ses portes restent ouvertes pour les amateurs qui ont besoin de conseil, ainsi que pour les consommateurs qui viennent acheter pommes, poires et mirabelles de variété rares ou inconnues encore.

 

LA FËTE DE LA MIRABELLE

 

Mais la mirabelle, ce fruit de l’été, au goût rappelant le soleil autant que la fraîcheur, est synonyme de fêtes par ailleurs.

En effet, loin de ces soucis de production reste le plaisir du goût comme celui de la fête. Ainsi, depuis 1947, Metz offre «la fête de la mirabelle » à ses habitants.  A l’origine, c’était une manœuvre marketing pour faire connaître la mirabelle, sa confiture et son eau-de-vie dans la région, mais cela devint bien vite l’identité de Metz comme un des centres culturel de la région Lorraine. Depuis sa création, deux choses n’ont jamais bougées : le corso fleuri, un défilé de chars dans la ville et l’élection des Reines de la  Mirabelles qui se renouvelle chaque année, alourdissant le poids de la médaille de la vainqueur, perpétuant le nom de la précédente, et ceci depuis la toute première, Jacqueline, en 1947. Elle aura l’honneur de devenir l’ambassadrice de Metz dans de nombreuses manifestations tout au long de son  règne. Cette année, la 51ème fut élue dans une soirée de gala où trente jeunes femmes concourraient. Son nom ? Katty Mattern, de grands yeux  bleu-gris , de longs cheveux blonds ruisselant le long d’un visage souriant et radieux, une silhouette charmante représentera admirablement le fruit lorrain : Rieuse, sucrée, dorée, envoûtante… Nous lui souhaitons bon plaisir pour cette grande année et de nombreux succés dans les concours de beauté auquels elle sera appelée à concourir. Pendant ce temps, un changement de taille a eut lieu dans l’organisation de la fête. Le corso Fleuri, que l’on jugeait inapproprié puisque défilant trop rapidement pour qu’on puisse réellement apprécier ces chef-d’œuvre sera transformé en « Village de la mirabelle ».  Malgré les mauvaises récoltes annoncées rappelant avec inquiétude l’année 1952 où la fête de la mirabelle a été annulée pour les mêmes raisons, Noëlle Schiltz, la directrice de la communication de la mairie de Metz et organisatrice de la fête ne s’affole pas ; « Il y aura moins de tartes pour tout le monde, mais la dimension festive reste la même. »  Il faut dire que les dates s’y accordent tout a fait. Dans la dernière semaine d’août, avant la rentrée, avec une température agréable et un temps relativement ensoleillé, et durant la semaine des récoltes du précieux fruit, tout pousse à la fête. et les spectateurs seront comblés. Concerts en série, animations, braderie géante, spectacle pyroscénique, etc. Une semaine complète d’animations originales et variées, ce qui donne durant cette période, une autre image de Metz, qui le restant de l’année est un peu trop sclérosée dans son immobilisme.

La mirabelle réunit les gens. Que ce soit les chercheurs qui travaillent pendant des années à la protéger des intempéries et à la rendre plus savoureuse encore, ou les familles qui se retrouvent dans la pénible corvée de ramassage en se réjouissant d’avance des magnifiques tartes et confitures que la mère saura confectionner avec talent, ou encore simplement les gens qui vont les acheter sur les marchés comme on achète des bonbons et qui les dégustent en frottant la pruine et en l’ouvrant avec l’ongle pour en faire échapper les parfums sucrés, tout le monde l’aime. Faut-il être lorrain pour ça ? Soyez fier, vous qui avez un mirabellier dans le jardin car ce sont des gouttes de bonheur qui tombent de cet arbre et qu’on partage à plein panier. Un fruit, certes mais comme disait un poète « Il y a beaucoup de fausses mirabelles, quand on a goûté la vraie une fois, il n’y a plus d’erreur possible. Petite, ronde, d’un jaune mat qui s’abricote au soleil, exhalant un parfum doux et pénétrant, la mirabelle est la plus saine et la plus délicate des prunes. ».Aux tristes par nature, je conseille quelques mirabelles pour retrouver le sourire. Aux autres, de sentir et ressentir encore ce parfum si pur qui émane des étalages de fruit. Savourez la vie comme on goûte une mirabelle de Lorraine.

 

David GOS

 

 

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