L’épiphanie, une fête des familles

La galette des rois

En noir et blanc dans ma mémoire reste un sourire éternel. C’était tout début janvier. Après un bon repas chaud, et riche en saveurs et calories pour lutter contre l’hiver, ma mère nous apportait à table une galette des rois. Je me souviens de cette odeur de frangipane qui parfumait la pièce. Je me souviens de cette odeur parce qu’elle est la plus douce et la plus sucrée de toutes celles qui ont marquées mon enfance.

Elle posait cet encensoir divin au centre de la table, on la voyait encore fumer une exhalation douce. Aussitôt, connaissant mon rôle traditionnel de cadet de la famille (nous étions trois enfants), je me glissais sous la table et me plaçait au centre des jambes de chacun afin de n’être visible de personne. J’appréciais ce rôle imaginant mes frères, mes parents, tressauter a chacune de mes paroles, de mes décisions arbitraires et aveugles. J’imaginais le regard de mes frères suivant le tracé du couteau, à l’affût de la moindre difficulté trahissant un petit objet aux pouvoirs méconnus. Il m’arrivait de me prendre des petits coups de pied complices de mes frères pour m’indiquer qu’ils souhaitaient cette part plutôt qu’une autre… celle-là était toujours pour moi ! C’est normal, après tout, je joue aussi. 9a y est, tout le monde a sa part. Comme d’habitude, les coups de pieds étaient des leurres, ma part est vide de fève, et pleine de frangipane, ce qui compense en un sens. Et comme d’habitude, c’est mon frère qui se casse une dent sur le précieux trésor. A partir de là, la réalité dégénère, mon frère prends le contrôle de la journée. Qui débarrasse ? Qui range ? Qui nettoie ? Pas lui en tout cas. Et qui sert d’esclave pendant une journée ? C’est plutôt moi. Et ça fait quelques années que je subis ce supplice humiliant qui amuse le roi. Aussi, je me pose la question, à part Charlemagne qui a inventé l’école, qui d’autre est suffisamment fou pour être responsable de cette fête de début d’année, si cruelle, et si savoureuse.

 

La première chose qu’on constate dans cette tradition culturelle, c’est qu’elle est un mélange entre plusieurs légendes et traditions. Celles des rois-mages, celle de la galette et celle de la fève. Il est évident pour tout ceux qui ont quelques notions d’histoire chrétienne que le 6 janvier correspond, 12 jours après la naissance de Jésus, à l’arrivée des rois-mages. Balthazar, Gaspar et Melchior, venus des trois continents connus de l’époque ; Europe, Afrique et Asie. D’après l’évangéliste Matthieu, les rois ont suivi l' »astre », c’est-à-dire l’étoile filante, pendant de longs jours, depuis la naissance de Jésus jusqu’à leur arrivée à Bethléem. Les bergers, prévenus eux non par une étoile mais par l’Ange du Seigneur, se précipitent à Bethléem (ils devaient en être très proches). Ce sont ces bergers qui vont propager la nouvelle, symboles vivants de l’humanité toute entière. L’Epiphanie (du grec epiphaneia, apparition), évoque l’annonce de Jésus aux bergers et aux rois mages. Et donc la tradition populaire a beaucoup mélangé bergers et rois mages au cours des siècles. Malgré le fait qu’on ait quelques doutes sur le nombre de mages arrivés à Bethléem, Le nombre de trois mages vient traditionnellement des trois cadeaux évoqués par saint Matthieu : l’or, l’encens et la myrrhe. Cette offrande des mages est l’expression concrète de leur adoration, la reconnaissance de leur dépendance du Souverain Roi. L’or est le présent que l’on donne à un roi : les Mages reconnaissent en Jésus le Roi de l’univers. L’encens est symbole de l’adoration qui monte vers Dieu : les Mages se prosternent devant l’Enfant de la crèche parce que l’Esprit Saint leur ordonne de croire que ce petit bébé est vraiment Dieu. La myrrhe  est un baume utilisé pour la conservation des corps des morts : elle annonce le tombeau du Vendredi saint et atteste que Jésus « a pris notre condition d’homme en toutes choses, excepté le péché ». En fait, ce n’est que vers le VI ème siècle qu’apparaissent Gaspard, roi d’Arabie, Melchior, roi de Perse et Balthazar, roi des Indes. A l’origine des écrits, ils étaient anonymes. Les mages n’étaient pas des juifs : ils représentent tous les « gentils », les non-juifs, tous les peuples de la terre pour qui Jésus est né. Les mages, qui étaient probablement des astronomes-astrologues, ont remarqué une étoile inhabituelle. Ils comprennent que cette étoile va les mener « au roi des juifs qui vient de naître ». Et sans hésiter, ils se mettent en route. Mais arrivés à Jérusalem, ne sachant plus où aller, ils sont guidés par les explications des « princes des prêtres et des scribes » qui se réfèrent à la prophétie de Michée. Le voyage des mages n’a certainement pas été facile et ils fallait qu’ils soient habités d’une rare confiance pour parcourir ainsi, quasiment à l’aveuglette, des centaines et des centaines de kilomètres dans le seul but de se prosterner devant un roi dont, finalement, ils ne savaient pas grand-chose. C’est ainsi que le 6 janvier, au travers de ces rois, les chrétiens ressignent leur reconnaissances au travers d’un gâteau partagé.

La fête de l’Epiphanie est l’occasion de partager la Galette des rois, vieille tradition. Les 12 jours qui séparent Noël de la fête de l’Epiphanie, le 6 janvier, symbolisent les 12 mois de l’année. En réalité, en France, on fête l’Epiphanie le 1er dimanche suivant le 1er janvier. Les parts de la galette sont comptées, plus une pour le visiteur pauvre que l’on recouvre d’un linge blanc. L’enfant le plus jeune se glisse sous la table et fait distribuer les parts. Le roi que l’on tire de la galette est représenté par la fève, gage de prospérité, d’où l’expression « tirer les rois ». Ensuite le Roi qui recrache discrètement sa fève désigne sa Reine : nous voilà loin des rois mages ! Les enfants retiennent de cette fête surtout le plaisir de la galette des rois et la joie de faire avancer jusqu’à la crèche les trois santons représentant Gaspard, Melchior et Balthazar.

La galette, quant à elle, n’est pas liée directement aux rois-mages. On y trouve deux origines possibles. Les Bisontins affirment connaître l’origine du gâteau des rois où l’on dissimule une fève. A partir du XIe siècle, les chanoines du chapitre de Besançon auraient pris l’habitude de tirer au sort leur futur  » responsable  » en cachant dans un pain une petite pièce d’argent. Adoptée progressivement par d’autres chapitres, cette coutume aurait fini par se généraliser, avec quelques modifications cependant : le pain devint galette ou brioche et la pièce d’argent, pièce d’or chez les riches, fève dans les familles pauvres. Même si cette méthode pourrait être à l’origine des gestes de cette tradition, il manque la source de l’origine, qu’on peut trouver dans l’empire romain car, vers la même période de l’année et pendant sept jours consécutifs, avaient lieu de grandes fêtes en l’honneur de Saturne, ce dieu de l’âge d’or qui apporte paix, abondance et prospérité. Au cours des saturnales, le tirage au sort accordait à un roi bouffon l’autorité suprême des maîtres et esclaves qui se retrouvaient ainsi sur pied d’égalité. Dernier témoignage de ces coutumes, la fève rituelle, bien cachée sous un appétissant gâteau : brioche en couronne couverte de fruits dans la France méridionale, galette feuilletée fourrée de frangipane partout ailleurs. Celui-ci est découpé en un nombre de parts correspondant au nombre de convives. Le plus jeune de l’assemblée, les yeux cachés, appelle les invités au fur et à mesure que l’on désigne les parts. Le convive qui découvre la fève est proclamé roi et désigne une reine et règne comme un vrai roi sur ses amis et sa famille pendant une journée.

Finalement, la tradition a du bon. Même si elle a dérivé en petite fête aux saveurs si particulières, même si nous ne respectons jamais tout a fait le règne du vainqueur, même s’il existe aujourd’hui dix milles sortes de galettes, aux saveurs expérimentales et inconnues, cette tradition a le bon goût de nous faire partager un véritable moment de plaisir, de saveurs, que ce soit entre amis ou en famille. La galette des rois réunis tous les enfants-rois, les petits et les grands, ceux qui ont simplement envie de s’amuser, ceux qui veulent, comme moi après tant d’année, retourner sous cette table et faire tressauter tout le monde.

 

 

Encart 1 :

Les rois mages symbolisent d’une certaine façon la remise des cadeaux à l’Enfant-Jésus. C’est ainsi que dans certains pays, en Espagne par exemple, les enfants reçoivent traditionnellement les jouets à l’Epiphanie, ce qui a pour mérite de dissocier la fête religieuse de la Nativité et la « fête des enfants ».

 

Encart 2 :

Aujourd’hui crème pâtissière à base d’amande, la frangipane tient son origine d’un parfumeur italien installé à Paris au XVIIème siècle. Répondant au nom de Frangipani, il inventa un parfum pour les gants à base d’amandes amères. Cuisiniers et pâtissiers s’en inspirèrent. Plus généralement, la frangipane s’emploie pour garnir tartes, gâteaux et crêpes.
Si la frangipane est à la galette des rois ce que la vinaigrette est à la salade, les goûts et les modes évoluer. Depuis quelques années déjà, compotes de pommes ou de pêches et crèmes pâtissières aux multiples parfums pointent leurs saveurs chez nos pâtissiers. Et les résultats sont très réussis. N’hésitez pas à essayer vous-même !

 

Encart 3 :

Stop au préfabriqué, a ces galettes qui arrivent de novembre à janvier, dans les supermarchés ! Voici une recette simple et délicieuse pour ceux qui veulent dire cette année, « La galette, c’est moi qui la fait ! »

Galette des rois

Pour 6 personnes
Préparation : 30 minutes
Cuisson : 40 minutes

Pour les enfants comme pour les parents

Ingrédients
2 rouleaux de pâte feuilletée toute prête
125 g de poudre d’amandes
50 g de beurre
100 g de sucre en poudre
2 œufs + 1 jaune pour dorer
1 sachet de sucre vanillé
1 c. à soupe de fleur de maïs Maïzena
10 cl de lait
1 cuillerée à soupe de rhum
+ 1 fève !

  • Battez 2 œufs avec les sucres. Mélangez dans un autre récipient la fleur de maïs et le lait froid. Mélangez les deux préparations et versez-le tout dans une casserole.
  • Faites cuire à feu doux jusqu’à ébullition sans cesser de remuer. Maintenez l’ébullition pendant quelques secondes, puis retirez du feu. Ajouter la poudre d’amandes, le beurre coupé en morceaux et le rhum. Réservez (= mettre de côté en attendant)
  • Déroulez les deux pâtes feuilletées et découpez deux cercles en vous aidant d’un moule a l’envers pour dessiner 2 beaux ronds.
  • Poser l’un des d’eux cercles directement sur la plaque du four. Garnissez avec la crème aux amandes réservée, en laissant un bord de 2 cm. A ce moment, n’oubliez de dissimuler la fève ! Recouvrez avec l’autre cercle de pâte. Séparez le jaune du blanc de l’œuf restant et badigeonner le dessus de la galette du jaune d’œuf avec un pinceau
  • Soudez les bords en les humectant avec un peu d’eau et en les pinçant avec les doigts. Faites cuire dans le bas du four à 200 degrés pendant 35 à 40 mn

 

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