Affaire Stéphane Krauth, assassin de Karine

Un tribunal

Karine était une jeune fille pétillante et simple. On la disait réservée et fleur bleue. Elle n’attendait de la vie que de grandir encore, de s’épanouir. Elle n’aurait probablement jamais espéré avoir tant de gens qui lui souhaitent du bien mais aujourd’hui, sa mémoire est gravée dans les yeux de la France entière pour avoir rassemblé les cœurs dans l’angoisse, l’espérance puis dans le désarroi et la tristesse. L’élan de soutien fut national et même international en compassion à la douleur de la famille. Nous souhaiterions tous dire à son frère, Fabrice   » Tu as fait de ton mieux et nous t’admirons pour cela  » ou à ses parents  » Nous pleurons tous votre fille et partageons votre besoin de vérité  » mais que les mots sont pauvres en somme. Perdre sa sœur ou sa fille est déjà une immense et infinie douleur, mais pourquoi tant   d’angoisse ? Et pourquoi une fin si atroce ? Nous ne sommes pas dans un film, hélas et le scénario n’est décidément pas humain. Reste à trouver le fin mot de l’histoire.

 

Un dimanche comme premier jour.

Karine avait reçu de ses parents un vélo tout-terrain pour avoir brillamment réussi son BAC de français. Cette journée dominicale fut le moment idéal pour l’essayer. Elle est partie vers 14 heures en direction de la maison de Mélanie, sa camarade de classe, qui habitait dans un lotissement au bout de la route du camp de Bitche, en direction de Haguenau. Elle avait déjà fait le trajet en vélo la veille au soir, avec son amie, sans le moindre incident. Il lui fallait environs un quart d’heure pour parcourir la distance entre sa maison et la route du camp. Cette route était une impasse. A son entrée, sur une centaine de mètre, se trouvent différents magasins et usines, puis, un, no man’s land, des arbustes un peu secs en cette saison, des herbes folles qui s’étalent de part et d’autre de la route, des chemins de terre où parfois, certains font du moto cross. Enfin, le lotissement en question, composé de trois ou quatre maisons, donc celle de Mélanie. La route se termine par une barrière militaire. Nous sommes proches de Bitche-camp. C’est dans cette zone que le vélo de Karine fut retrouvé.

L’  » accident  » s’est produit vers 14 heures 20. Un habitant, alerté par un choc métallique retrouva le vélo de l’adolescente fracassé sur la petite route qui prolongeait la zone industrielle de Bitche. Des traces de freinage parcouraient le sol sur deux mètres et des bris de phare parsemèrent les marques de gomme noire. Le vélo en accordéon avec la roue arrière plié à angle droit témoigne d’un choc relativement violent en apparence, ou alors d’une voiture ayant roulé dessus Le témoin parlera d’une Mazda 323 blanche ou beige qui fit marche arrière et repartit en sens inverse. Le père de Karine croisa la police alors qu’il allait vérifier si sa fille était bien arrivée, et effectuer le chemin du retour en sa compagnie. Il reconnut le vélo plié sur le bas-côté, semblant être le sujet de conversation des agents de police qui l’entouraient. Il s’arrêta, afin de demander des explications, et c’est ainsi qu’il apprit que sa fille avait disparue. En un instant, plus rien ne paraissait à sa place dans sa vie et la question qui commença en lui et s’étendit à la France toute entière était  » Où est ma fille ? .

La Mazda 323 restait la seule piste valable et la police s’attela immédiatement à référencer tous les propriétaires de ce type de véhicule dans toute la région. Plus de mille cinq cent personnes possédaient ce modèle dans le département, ce qui en fit autant de suspects. La police commença à dégrossir les listes ; Les retraités, les casiers judiciaires vierges, les femmes, les non-résidents à Bitche, etc… furent temporairement écartés. Ainsi, plus que quelques centaines de propriétaires constituaient la liste de départ de la Police. Pendant ce temps, deux suspects furent activement recherchés ; Il s’agissait de deux militaires qui n’avaient pas regagné leur régiment après les délais de leur permission, mais la piste tomba rapidement  après que les deux soldats se furent présentés à la gendarmerie. Parallèlement aux recherches, la police organisa des battues et sillonna la région de fond en comble. Les forêts avoisinantes ont été parcourues par des gendarmes, des militaires, des motards, survolées également par des hélicoptères de l’armée et des ULM.

La mobilisation de toute la population de Bitche fut unanime et spontanée et le frère de Karine, Fabrice Schaaff, mit en place des recherches par campagne d’affichage, fouilles des bois environnants, etc. Il s’entoura d’une vingtaine d’amis, de soutiens et, ensemble, constituèrent le centre d’une cellule de recherche de bénévoles, dont l’espoir grandissait avec les aides extérieures. En effet, bien que personne, à part ses proches, ne connaissait vraiment Karine, un soutien énorme se mit en place de par la France entière. Des entreprises produisirent et distribuèrent en grand nombre d’affiches de l’adolescente, les médias retransmirent la nouvelle de sa disparition autant au niveau local que national, voire international. Des lettres de témoignages d’affections et de compassion venant de familles, de parents, de frères arrivèrent par voie postale comme par e-mail. La mairie de la ville de Bitche exprima à son tour sa tristesse face aux évènements au travers du maire et procureur de la République de Strasbourg, Edmond Stenger, qui déclarait  » Nous sommes dans un état de droit, la vérité doit être trouvée et la solidarité, émanante d’un choc collectif de Bitche, ne doit pas s’arrêter avant qu’elle n’apparaisse. Ainsi seulement notre ville trouvera la force du deuil et, j’espère, la sérénité qu’elle connaissait  » Il ajouta, comme pour se justifier d’un regret  » La mairie ne pouvait pas faire plus qu’une administration ne le peut, exprimer notre soutien et notre compassion est sincère mais insuffisant, j’en ai conscience. Pour ceux qui ont pu agir, peu s’en sont privés, Karine était devenue une injustice, une fatalité et tous se sont opposés au dénouement qui se profilait, au terme de quinze jours de recherches infructueuses.

Un jeudi noir

Dans le cadre de ses recherches, la police arriva à Mulhouse le jeudi 2 août et sonna à la porte de Stéphane Krauth. Elle espérait beaucoup de cette rencontre ; Selon ses renseignements, Stéphane est un ancien habitant de Bitche, au casier judiciaire entaché de violences multiples et enfin propriétaire d’une Mazda 323. Il ne restait plus qu’à connaître son emploi du temps lors de ce dimanche 22 juillet vers 14h20. Il furent accueillis par Péroline, la compagne de Stéphane. Elle avait entendu parler de Karine, naturellement, mais ne voyait pas le lien entre cette disparition et leur voiture. La police apprit de manière anodine que Stéphane avait réparé sa voiture le lendemain de la disparition de Karine et en avait même changé les quatre pneus. Sans oublier que Stéphane était à Bitche ce jour-là : Ils avaient un suspect! Il fut placé en garde à vue et après quelques heures, il avoua enfin être le conducteur que la France entière recherchait. Oui, c’est lui qui, à 14h20 a percuté le vélo de Karine sur cette route qui mène au camp militaire de Bitche. Il raconta à la police qu’il roulait trop vite sous l’effet de l’alcool et de stupéfiants, qu’il n’avait pas vu la jeune cycliste, et qu’il l’avait percutée qu’il la plaça dans sa voiture afin de l’emmener à l’Hôpital de Haguenau à plus de 40 km du lieu de l’accident, déclarant ne pas connaître d’hôpital à Bitche, et, que dans l’urgence, il avait pris la décision de l’emmener vers l’hôpital le plus proche à sa connaissance. Puis, pris de panique il préféra faire disparaître le corps de Karine au plus vite. Selon ses dires, elle avait déjà succombé à l’accident. Dans un état second, il choisit une clairière de la forêt de Mouterhouse, sur la route de Haguenau. Il a étendu le corps de la jeune fille, sorti un bidon d’essence de la Mazda, arrosa le corps et y mit le feu. Il est ensuite reparti vers Mulhouse rejoindre sa concubine Péroline qui lui aurait trouvé un comportement calme et innocent. Tel fut son témoignage ce jour là…

Stéphane Krauth nous a défini un acte qui nous choque. L’accident, dû autant à la vitesse excessive (120 km/h) qu’à son état second (Il avait consommé de l’alcool et du Cannabis), paraissait inévitable. Et ce qu’il a fait du corps sans vie n’était pas de la barbarie aux yeux de la loi qui ne le condamnerait qu’à cinq ans de prison si sa version s’avérait vraie. Mais voilà, tout ceci n’est que sa version. Différents éléments ne rentrent pas dans le cadre.

Pendant que la police s’affairait à retrouver le coupable, des analyses du lieu de  » l’accident  » révélèrent des inquiétudes. On découvrit des traces récentes de gaz paralysant sur la selle du vélo de Karine. Ce gaz volatile a été absorbé par le matériau poreux du vélo alors qu’ailleurs il a disparu au gré du vent. Par contre la police n’a trouvé aucune trace de sang sur le sol. Cet indice révèle que le choc avec la voiture n’a probablement pas pu tuer Karine sur le coup. Les marques de freinage de seulement deux mètres pour une voiture roulant à 120 km/h laissent également supposer que la vitesse annoncée par Stéphane était vraiment excessive par rapport à la réalité… ou bien qu’il a commencé à piler que quelques mètres avant le choc, en connaissance de cause.

 

Les zones d’ombre :

Une enquête à rebondissements

Des questions restent sans réponse : que faisait-il sur cette route qui ne mène qu’a un lotissement où il n’avait pas de connaissances ? Que faisait un jerricane d’essence dans le coffre de sa voiture ? Non, Stéphane Krauth n’a pas dit la vérité. Son acte paraît bien plus orchestré qu’il ne l’a déclaré. Peut-on croire à un simple moment de faiblesse pour faire brûler un corps ? Et pire que tout ; était-elle vraiment décédée lorsqu’il enflamma l’essence ? Tous les jours qui ont suivi cette macabre découverte eurent leur lot de coups de théâtre. Parmi les derniers, Péroline, la concubine de Stéphane Krauth, qui avouait à la police une version bien plus horrible de l’accident ;  » Dès le début, j’étais au courant, mais je n’ai pas osé le dire. J’avais une vie de famille et une fille avec lui, je ne voulais pas le perdre. . Selon elle, il était très agité à son retour de Bitche, le dimanche 22 juillet. Il s’est renfermé sur lui-même encore plus que d’habitude. Elle fit très rapidement le lien entre la Mazda accidentée à l’aile droite, sa présence à Bitche et la disparition de Karine. Il lui avouera trois jours plus tard qu’il était l’auteur de l’  » accident. A chaque fois qu’elle posera des questions, il répondra soit par des mensonges différents les uns des autres soit par la violence. Il la frappera d’ailleurs à chaque fois qu’elle insistera. Cette violence, Péroline la connaît bien. Stéphane était doux et attentionné pendant les premiers mois de leur relation, mais cela a viré au rouge après qu’ils aient emménagé ensemble à Mulhouse en août 2000. Il régnait en seigneur et maître sur sa famille en exigeant d’elle la soumission complète… même leurs actes d’amours paraissaient des viols aux yeux de Péroline. Lorsque la police l’interrogea sur le sort de Karine, elle eut cette phrase assassine :  » Avec moi, il faisait pareil. Pourquoi pas avec elle ? C’est possible. . On parle désormais de  » Meurtre accompagné ou suivi de viol « 

Mensonge ! Lors de la confrontation du 17 août, Péroline se discrédite.  » J’étais dans la voiture lorsqu’il a mis le feu au corps de Karine.  » L’aveu a fait l’effet d’une bombe, Péroline, que la France soutenait face à un concubin violent, vient d’avouer qu’elle était au courant de tout dès le début ; lorsque Stéphane est rentré vers 21 heures 30 de Bitche, ce dimanche, il lui a parlé presque tout de suite de ce qu’il avait fait. Elle ne l’a pas cru et pour la convaincre, Stéphane a donné des détails, beaucoup de détails. La voilà désormais convaincue que son compagnon avait tué une jeune fille de 17 ans. Il n’a jamais parlé de viol, devant elle en tout cas. Péroline a alors posé la question qui engendra le terrible acte final :  » Est-ce qu’on peut retrouver des empreintes digitales sur le corps de Karine ?  » Face à l’absence de réponse, ils décidèrent de faire disparaître par le feu les dernières traces qui les reliaient à Karine. Il retournèrent sur les lieux à une heure du matin avec des bidons d’essence, et pendant que Péroline attendait dans la voiture avec son bébé, Stéphane a vidé les bidons et a craqué une allumette. Ils revinrent le lendemain matin pour récupérer les bidons vides qu’ils avaient oublié dans leur précipitation à fuir. Dommage, car sur ce support, les empreintes digitales restent ! Pourquoi a-t’elle menti ? Selon Stéphane Krauth, au dire de son avocat Maître Gagneux,  » la meilleure défense reste l’attaque.. Elle a cherché probablement à se soustraire à la justice et discréditer son compagnon, ou bien,  animée de vengeance, en souvenir des violences conjugales répétées, elle a cherché à se protéger de son concubin à long terme. Pour Maître Loescher, l’avocate de Péroline, la jeune fille de 19 ans n’a cherché qu’à mettre son bébé à l’abris, voyant son ami désormais perdu. Le tout étant que cette rétractation lors de la confrontation a considérablement soulagé Stéphane en le mettant désormais à l’abri des inventions nuisibles de sa compagne.  » L’enquête continue sur des bases plus saines « , a ajouté Maître Gagneux, l’avocat de Stéphane Krauth qui souhaite avant tout que la lumière soit enfin posée sur cette affaire. Quant à Péroline, elle devient témoin assisté et ne sera pas pour le moment poursuivi pour complicité.

Une dernière observation qui touche au choix du lieu de Stéphane Krauth ; Il a enflammé le corps de Karine sous un sapin, non dans une clairière mais dans un bosquet d’arbres où la lumière ne pénètre que difficilement tant il est dense. Stéphane voulait-il faire croire à un incendie de forêt ou n’a t’il vraiment pas réfléchi aux conséquences que son geste pouvait avoir, même éventuellement sur la sécurité de son bébé et de sa compagne qui attendaient dans la voiture à peu de distances, si le feu s’était propagé à la forêt environnante. Il est vrai que, dans ces circonstances, on ne pense pas écologie, mais la question de sécurité personnelle était tellement évidente qu’on est choqué de voir qu’il n’y a même pas pensé. Actuellement, il reste à savoir ce que Stéphane a fait entre 14 heures 20, heure de l' » accident  » et 21 heures 30, le retour à Mulhouse. L’accusé plaide en effet la démence et le Black out. Peuvent-ils durer aussi longtemps ?.Les psychologues et psychiatres qui le suivent actuellement le détermineront assurément. Stéphane explique ses crises en ces termes : l’impression de sortir de son corps et d’assister à sa colère. Une perte de contrôle, en somme…

 » Cette affaire prendra probablement bien deux ans par les multiples recours qu’elle connaîtra « , nous annonce dores et déjà Maître Gagneux, l’avocat de Stéphane Krauth.  » Il est coupable, c’est sur ! Reste à savoir de quoi… .Il est vrai que Stéphane Krauth a avoué certaines choses lors de sa garde à vue qui a duré 12 heures, mais  » La justice française fonctionne encore trop sur la thèse de l’aveu. La garde à vue est très éprouvante et il n’est pas rare de voir des suspects avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis au sortir de ces interrogatoires. « , ajoute l’avocat. Par ailleurs, il définit son client comme un être  » abattu, plein de remords et de regrets, qui s’inquiète beaucoup pour sa famille « . Désormais l’autopsie révélera les derniers indices, et nombres d’interrogatoire et de confrontations permettront d’y mettre un sens. Le corps de Karine est resté plus de dix jours à l’air libre après avoir été très fortement brûlé, l’autopsie aura du mal a retracer les actions de cette journée mais nous saurons notamment si Karine était en vie lorsqu’elle fut enflammée ou encore de quoi elle est morte. Nous savons qu’elle a subi un traumatisme crânien, reste à savoir s’il résulte de l’accident ou d’actions postérieures. Lors d’une nouvelle audition à sa demande, le 21 août, Péroline a encore une fois modifiée sa version des faits, elle a déclaré au juge que son concubin lui avait avoué avoir volontairement renversé Karine, dans le but de la violer, ce qui expliquerait que le corps carbonisé de la jeune victime ait été retrouvée, le pantalon baissé sur ses chevilles. De plus, jusque quand Péroline va t’elle constamment varier dans ses dépositions. Son esprit perturbé et instable doit il expliquer ses nombreuses versions, ou alors la famille de Karine Schaaff n’a t’elle pas droit elle aussi à la vérité, même si elle doit révéler toute l’horreur des faits.

Actuellement placé en isolement à la prison de Metz, en réaction à l’attitude violente des prisonniers du centre pénitentiaire de Sarreguemines où il fut incarcéré précédemment, Stéphane se sent seul. Sur la défensive désormais, il continue encore à plaider l’accident et la mort instantanée de la jeune fille. Personne ne le croit plus … Ses parents adoptifs, un couple de Bitchois, ont fui Bitche par peur des représailles dès le début de l’affaire. Lors d’une rencontre avec son avocat, Maître Gagneux, ses parents déclarèrent :  » s’il l’a renversée, il doit payer !  En fait, la réaction de ses parents n’étonne guère. Les problèmes relationnels dans laquelle la famille Krauth baignait se basaient sur le conflit des générations ; Plus de quarante ans séparent Stéphane de ses parents. Il les a toujours jugés trop rigides, et eux le voyaient comme un enfant capable de colères telles que lorsque les psychiatres s’avéraient inutiles, ils n’hésitaient pas à faire appel à un exorciste. Lorsqu’il est parti s’installer avec Péroline à Mulhouse, il y a trois ans de cela, il y eut un soulagement réciproque qui amena une amélioration entre les deux couples. Cependant, il y a peu, Stéphane était sur les nerfs ; ses parents venaient de lui couper les vivres alors qu’il était au chômage depuis quelques mois…

L’enquête attend donc désormais les derniers résultats de l’autopsie effectuée sur le corps de Karine. D’ici-là, la présomption d’innocence s’applique. C’est la raison pour laquelle la police voile le visage de Stéphane Krauth d’une couverture dans toutes les sorties publiques. Cependant, cela n’empêche pas des badauds de venir au tribunal afin de lui exprimer le ressenti public, par des vociférations  de morts de certains, ce qui dans un certain sens les place au même niveau que celui qu’ils conspuent. Faut-il leur rappeler que la peine de mort a été abolie en 1981, et que ce fut certainement la meilleure chose qui soit pour la Justice. Malgré les soupçons qui pèsent sur lui, Stéphane Krauth est toujours considéré comme innocent, tant qu’il n’aura pas été jugé coupable.

 

Une famille en quête de vérité

Hors des mystères qui entourent l’enquête reste la douleur. Vive et puissante, on ne la souhaite à personne. La perte d’un membre de sa famille est cruelle et la famille de Karine s’entoure du silence du deuil. L’abbé Nirrengarten, qui a célébré la messe d’enterrement de Karine, est un proche de la famille. Avec beaucoup de pudeur et de retenue, nous confie le désarroi de celle-ci ;  » Les psychologues et les prêtres tentent d’être au maximum présents pour eux. Le mental souffre et le spirituel est écarté dans ces moments de douleur « . Fabrice, le frère de Karine a créé un groupe d’une vingtaine de personnes qui ont agit énergiquement face à la disparition de Karine. Des milliers d’affiches furent placardées dans la région, des entreprises apportèrent leur soutien médiatique et financier en réponse aux demandes. Dans le but d’étendre au maximum la couverture de recherche,

sociétés proposèrent de placer des grandes affiches de la jeune fille sur des camions qui parcouraient la région et l’Europe entière. Un site Internet ( Helpkarine.com) fut créé et transmit la photo de Karine dans le monde entier. En moyenne, plus de mille internautes passaient par jour sur le site. Puis les médias intervinrent. Les lettres de soutien affluèrent du monde entier.

Aujourd’hui, tout paraît vain. Tant d’énergie investie pour ne pas trouver de réponse. Bitche s’entoure de deuil lorsque, à 14 heures, l’église de la ville annonce le début des obsèques. Nous sommes le lundi 6 août 2001, seize jours ont passé depuis la disparition de la jeune fille, quatre depuis la découverte de son corps sans vie.

Ce lundi 6 août 2001 en l’église Sainte-Catherine de Bitche, par solidarité, tous les magasins de Bitche, toutes les administrations et tous les chantiers en activité s’arrêtèrent durant la durée de la messe. Bitche était devenue silencieuse. Devant la petite église, au centre de la ville, s’étaient rassemblés des centaines de personnes. Compassion ou soutien, la petite église ne put les accueillir tous, ainsi, des écrans géants furent placés à l’extérieur afin d’offrir une forme d’extension de l’église. Il y eut 11 prêtres présents et plus de huit cents personnes dans l’église. L’abbé Nirrengarten, qui conduisait la cérémonie avec deux autres prêtres ouvrit par ces mots  » Karine nous rassemble… Ici, chacun a sa place, croyants ou incroyants car l’église est le lieu où peuvent venir tous ceux qui souffrent « . Le cercueil, au centre de la nef, recouvert d’un voile immaculé, était orné de 17 lys blancs. La chapelle était empreinte d’une ambiance forte de partage et de recueillement. Ceux qui l’occupaient connaissaient plus intimement la jeune fille. Famille, amis, connaissances, professeurs, tous rassemblés pour la célébration. Ce fut une procession de tous ses amis, qui déposèrent pour autant d’années de vie heureuse, les fleurs fraîches et parfumées. Une à une, les fleurs blanches quadrillèrent la surface du cercueil tandis que l’église, silencieuse, contemplait la tristesse des regards. Il arrivait que des gens craquent à l’intérieur de l’église, mais sa famille resta forte. Des musiques comme R.Kelly ou Le Nouveau Monde résonnèrent comme le souvenir de ce qu’elle aimait, chantant un retour en arrière possible ou un monde meilleur. Etait-ce un présage ? En tout cas, ce fut le souhait de tous… Un retour en arrière.. un monde meilleur…Les prêtres lurent quelques messages de sympathie adressés à la famille ;  » Les Chrétiens de France ont perdu avec la mort de Karine une petite sœur.  » ;  »  J’ai moi-même perdu un enfant et je suis seule. Le drame de Karine m’a fortement bouleversé. Je sais ce qu’est la souffrance.  » ;  » A vous, la famille de Karine, je dis : Courage ! Courage aussi à tous les habitants de Bitche dans cette dure épreuve. « …Tout fut fort, tout fut beau, égal à la force de l’amour qui se partageait en cet instant. Il aurait suffit de fermer les yeux, et au dessus de l’épaule de sa mère, lorsque celle ci prit la parole, on pouvait apercevoir l’image d’une jeune fille qui souriait. Karine était avec nous. Edith Schaaff, prit la parole, et, d’une voix entremêlée de sanglot, elle prononça ces quelques mots  » Ma fille, mon bébé, un beau jour d’été, tu nous as été enlevée et c’est un chagrin pour l’éternité « . Les haut-parleurs, à l’extérieur de l’église, pour les gens qui, par manque de place, ne purent se joindre aux leurs, imposaient un silence respectueux. Elle continua  » Je me dois pour toi, Karine, de lutter contre ces drames. J’espère trouver la force pour qu’à d’autres cela n’arrive plus  » Le souffle coupé, elle défaillit mais elle avait un message à délivrer  » De là-haut, tu nous verras. Dieu qui, ce jour morbide, n’a pu t’arracher aux griffes d’un monstre sans scrupule, te réserve une place de choix.  » Elle posa ses derniers mots comme autant de coups au cœur  » Karine, ma fille, je t’aime, au revoir… « . L’émotion emplit la nef, la cérémonie s’acheva ainsi et les portes de l’église s’ouvrirent, laissant le cercueil de la jeune fille sortir, porté par cinq hommes vêtus de noir. Il faisait une douce chaleur d’août, un vent léger balaya l’assemblée. De-ci – de-là, des groupes se formaient sur le perron de Sainte-Catherine de Bitche. Des amis, des camarades, des parents, des professeurs s’interrogeaient encore. Est-ce possible ? Etait-ce bien elle ? L’a-t-on formellement reconnu ? Comment cela est il arrivé ? La ville mit du temps à se relever de sa douleur. Le lendemain, dans le deuil de toute la France, en marge du centre d’une ville verdoyante, au cœur d’une maison chargée de larmes, Karine était cruellement absente pour fêter ses 17 ans. C’était son anniversaire.

 

David Gos

 

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